« Nous avons grandi avec l’idée que la France était le pays des droits de l’homme »

Article paru dans Al Kanz le 30/06/10

http://www.al-kanz.org/2010/06/30/osce-islamophobie/

 

cible-islamophobieIslamophobie. L’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) organisait au Kazakhstan ces 29 et 30 juin une conférence sur la tolérance et la non discrimination (High-Level Conference on Tolerance and Non-Discrimination, Astana, 29-30 June 2010) à laquelle a été convié le CCIF (collectif contre islamophobie en France). Marwan Muhammad, en sa qualité de représentant du CCIF à cet événement, y a tenu un discours. Nous vous en livrons aujourd’hui la teneur.

 

Nous avons grandi avec l’idée que la France était le pays des droits de l’homme. Il semble que cela dépende de la personne dont les droits sont menacés. Nous avons cru que notre sécurité, notre intégrité et notre dignité étaient garantis par notre pays, comme pour n’importe quel autre citoyen. Nous avons nourri l’espoir que la France serait pour nous une société garantissant les mêmes droits et offrant les mêmes opportunités et les mêmes chances à tous de mener une vie meilleure, basée sur le talent, le respect et le travail.

Cet espoir semble s’évanouir, jour après jour.

Partout à travers l’Europe, nous assistons à une haine grandissante, à une terreur qui se répand en direction des minorités musulmanes. L’intolérance, la discrimination et la violence atteignent des niveaux alarmants dans nos sociétés européennes, modernes et démocratiques. Le temps ou des hommes et des femmes étaient persécutés pour leur croyance n’est plus si loin, il semble.

Non seulement la situation est inquiétante, mais elle s’aggrave de manière dramatique au fil des mois. En France, les agressions contre des musulmans ont plus que doublé au cours de l’année 2009 (+130 %). Durant les deux premiers mois de 2010, nous avons enregistré autant d’actes islamophobes que pour l’ensemble de l’année 2009. Toutes les trois semaines, une mosquée est profanée ou dégradée. Tous les trois jours, un musulman est agressé dans les rues de France. Chaque mois, une nouvelle polémique autour des musulmans est lancée à travers les médias pour contrôler les masses en détournant leur attention des problèmes socio-économiques majeurs que traverse le pays. En tant que société, nous échouons lorsqu’il s’agit de saisir les conséquences de notre inaptitude à combattre l’islamophobie.

Quand on lance la « question des minarets » en Suisse, on renforce les extrémistes de droite en leur donnant l’occasion de diaboliser les musulmans. Quand on tolère l’intolérance et le caractère insultant de certaines formes d’art aux Pays Bas, cela se solde par un quasi-triplement de la représentation nationaliste à l’assemblée. 
Quand on stigmatise les musulmans de France sur la question de la burqa, qui au passage n’existe pas sur le sol français, des mosquées sont attaquées à la mitrailleuse, un geste de violence extrême à l’encontre des musulmans. Quand on permet au racisme, à la haine et à l’intolérance de se propager dans notre société, on finit par assister à des drames comme celui d’une femme enceinte poignardée à mort devant les yeux de son enfant de trois ans dans l’enceinte d’une juridiction allemande, dont le seul tort était d’être musulmane et d’avoir choisi de porter le voile. Elle s’appelait Marwa El Sherbini. Chacun d’entre nous devrait graver ce nom dans sa mémoire, pour ne pas oublier. Nous devons mettre fin à ce cycle de haine et de violence.

Notre gouvernement français, ainsi qu’un certain nombre d’organisations locales, ont entamé des actions significatives dans la lutte contre l’islamophobie. Le ministère de l’intérieur vient d’annoncer la mise en place d’une équipe de veille chargée d’observer les actes anti-musulmans. Par ailleurs, des organisations comme la nôtre font un travail nécessaire pour éveiller les consciences et informer la société civile de ce phénomène grandissant. Nous devons faire plus et plus vite si nous voulons juguler cette flambée de violence. C’est pourquoi nous vous demandons, gouvernements et délégations de l’OSCE, d’agir sur les points suivants :

– condamner unanimement la violence à l’égard des musulmans, sous toutes ses formes et sans restriction de contexte
– mettre en place des observatoires chargé d’enregistrer les actes d’islamophobie et d’informer sur ce phénomène
– travailler avec les organisations locales et leur accorder le soutien dont elles ont besoin pour continuer leurs actions.

Merci de votre attention.