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La culture d’entreprise: vers une nouvelle religion?

Cr FoulExpress / Adel Zaidi

 

La définition du jour: « culture d’entreprise ».

Corpus de croyances établies par l’instance dirigeante d’une secte professionnelle, destinées à légitimer et à embellir l’asservissement quotidien de fidèles sans consentement.

Oxymoron d’une morale occise, sacrifiée sur l’autel d’un marché qui ne marche pas, par des dirigeants sans boussoles, prophètes sans futur, aveugles du présent.

Ils lisent mais n’apprennent pas, parlent mais n’entendent pas, respirent mais ne vivent pas. Ils prolifèrent. Leur seule croissance est numérique, leur valeur un processus stochastique, leur éthique une variable d’ajustement.

La « culture d’entreprise » est une insulte à toute forme de culture, beauté utilitaire au service d’un message d’aliénation : « vous nous donnerez votre vie et vous serez heureux ».

La puissance liturgique des psaumes de la culture d’entrepriseTM s’exprime à chaque réunion et à chaque conseil d’administration, se traduisant par des hochements compulsifs correspondant à des prosternations de l’esprit. Dans une entreprise, on ne nait pas croyant. On le devient.

Le processus de conversion commence par une offrande (le CV), suivie d’un acte de foi (la lettre de motivation) puis viennent le baptême (l’entretien) et la communion (l’embauche) avant l’apothéotique confirmation : le séminaire d’intégration, lors duquel les fidèles formulent des vœux de dévotion (charte de services), de loyauté (clause de non concurrence), de secret (clause de confidentialité). Ils prêtent allégeance à l’Entreprise et à son clergé.

Comme dans toute secte, le clergé (majoritaire) est non pas au service des fidèles mais tire d’eux la quintessence de leur intelligence, de leur force physique, de leur créativité pour les mettre au service d’un objectif simple : l’accroissement durable et certain du capital.

Du bureau au bourreau, il n’y a qu’une quantité d’or. Chaque fidèle se plie docilement au culte quotidien, de la fin de l’innocence à la retraite (spirituelle). Certains se croient libres, crient à qui veut les entendre qu’ils ont choisi leur chemin, comme un labrador parfois, affalé devant un documentaire animalier, se sent traversé d’un élan de liberté, se voyant déjà pourchassant sa proie au cœur de la savane. Mais, aussi sûr que la laisse a une longueur fixée, il existe une quantité finie de temps avant que tout Blackberry ne sonne et mette fin à la promenade.

Il est si divertissant d’entendre disserter les hérauts de la liberté d’expression, soudain réduits au silence devant leur maitre patron. A défaut de la vivre, ils pourront en parler.

Belle et douce culture d’entreprise.





Réactions


  1. Par Mahj le 5 mars 2013 à 16:00

    Salam aleykoum,

    Le monde impitoyable de l’entreprise n’a jamais été aussi bien défini! Les « profanes » se font vite exclure de cette secte lorsqu’ils ne se plient pas à l’asservissement. 🙂

    wassalam
    Mahj

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  2. Par Oum Adam le 22 mars 2013 à 14:23

    Salam alaykoum wa rahmatullah,
    Excellent article criant de vérité(s) !

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