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Le Tigre et l’Opprimé

Prologue

Deux randonneurs marchent à travers la jungle. Soudainement, ils entendent un tigre rugir. L’un des deux s’assied et sort une paire de running de son sac à dos, qu’il enfile soigneusement.

Tu es fou ! Tu crois vraiment pouvoir distancer un tigre ?’ dit l’autre randonneur.

Je n’ai pas besoin de distancer le tigre’ répondit-il. ‘Il me suffit juste de te distancer’.

 

Acte I

C’était un peuple malade. Ils étaient minoritaires mais cela ne les empêchait pas de se diviser. Ils étaient vulnérables mais ce n’est pas pour autant qu’ils s’épargnaient. Ils avaient la rage, mais ce n’est pas ça qui les faisait avancer. Ils avaient des savants, mais s’octroyaient le droit de les dénigrer.

On leur expliquait ce qu’il fallait dire, ce qu’il fallait faire, quand il fallait se taire. Même pour se fâcher, ils avaient besoin qu’on vienne leur expliquer ce qui relevait de l’acceptable et ce qui était radical. Le reste du temps, ils consommaient comme tout le monde, regardaient la télé comme tout le monde et acceptaient l’injustice de leur situation… comme tout le monde.

On les avait conditionnés à la binarité, on les avait éduqués à l’ignorance.

Quand ils s’organisaient, il suffisait de leur montrer une lumière au loin pour qu’ils abandonnent aussitôt leurs projets. On les provoquait, ils réagissaient. On les caressait, ils oubliaient.

Ils étaient forts avec les faibles, faibles avec les puissants.

Ils étaient d’accord sur l’essentiel et divergeaient sur des questions périphériques.

Les discussions périphériques leur étaient essentielles. Leur essentiel tournait en rond, tel le périphérique. Les voilà qui s’indignaient d’injustices auxquelles ils étaient jusqu’ici indifférents, les voilà qui dissertaient à longueur de nuits blanches à propos de pays dont ils n’avaient jamais foulé le sol, les voilà qui trouvaient refuge auprès de leurs ennemis d’hier venus les monter contre leurs frères, les voilà fascinés par l’idée d’un total complot qui expliquerait leur inaction.

Ils disaient croire au Tout Puissant, mais se cherchaient des excuses pour être incapables de changer leur condition. Ils avaient déjà abandonné le combat pour la justice, déclaré perdu d’avance. Ils attendaient la fin de leur monde, assis devant leur écran.

Ils étaient faibles mais ce n’était pas de leur faute.

Ils étaient des spectateurs savants de leur propre immobilisme.

Ils avaient besoin d’ennemis pour vivre, devenus des amis à suivre.

Si l’un d’entre eux relevait la tête, ils le tuaient par crainte de devoir renoncer à leur inéluctable désespoir. Ils ne croyaient plus en de meilleurs lendemains. Ils avaient déjà essayé, du fond de leur cœur, et en étaient revenus plus blessés que vivants.

Ils n’existaient que dans l’antagonisme, eux contre nous, pour ou contre, noir ou blanc, avec ou sans, vrai ou faux, dépossédés de leur capacité à comprendre leur monde dans sa complexité, dans sa nuance, dans toutes les aspérités qui fondent la spécificité de la condition humaine.

Quelqu’un avait planté cette graine dans leur tête et dans leur cœur, cette idée qui, en leur présentant une vision simpliste et déculpabilisante de leur existence, parvenait à les assagir, à les pacifier, à les éteindre.

Quelqu’un leur professait la croyance en un empire diabolique et tout puissant dont ils seraient les contemplatifs et doctes sujets.

Ils n’attendaient plus que l’Heure.

 

Acte II

Pourtant, ce n’était pas une souffrance nécessaire. Quelques uns parmi eux avaient cet espoir presque enfantin, fait de confiance et de détermination, de vouloir changer le monde. Au début on les prenait pour des illuminés, et c’est précisément ce qu’ils espéraient être, éclairés par une Lumière qui dépassait les ténèbres dans lesquelles les êtres humains avaient jusque là étés confinés.

Ils n’avaient pas besoin de se diviser. Ils n’avaient pas besoin de se combattre. Ils existaient hors des clivages que d’autres avaient définis pour eux. Ils étaient ensemble. Leur condition matérielle était un moyen, jamais un statut. Leur intention était sans cesse renouvelée, jamais acquise.

Ils étaient indifférents aux paroles véhémentes, ils avaient leur propre histoire à raconter. Dans la jungle, certains s’inquiétaient de leurs congénères, eux s’attaquaient au tigre, sans jamais le sous-estimer, sans jamais perdre leurs forces dans un combat fratricide et sans gloire, qui les épuiserait avant le combat décisif.

Il avaient compris une vérité essentielle : le changement d’un peuple ne passe pas par ceux qui le divisent, mais par ceux qui le rassemblent. La lutte pour la justice n’est pas une véhémente capitulation, mais un élan nourri d’espoir et d’une détermination sans faille. Il n’existe pas de despote ni d’armée ni de pouvoir occulte capable de s’opposer au Bien. Leur seul tort est de l’avoir trop souvent oublié.

Les voilà devenus des acteurs humbles de leur propre histoire, conscients de leurs faiblesses, donc maitres de leurs forces, entièrement soumis à l’Un, donc dignes face aux hommes.

Leur silence n’était jamais une faiblesse mais un choix raisonné, ils avaient dompté leurs passions pour devenir des hommes libres.

Désormais, ils n’avaient plus d’excuses, ils n’avaient que des actions.





Réactions


  1. Par ahmed le 13 juin 2013 à 0:42

    Je ne suis pas sur que le silence soit la meilleure façon pour contrer l’influence grandissante d’Alain Soral sur une bonne partie de la communauté, notamment les jeunes?
    Parce que là y a urgence, sur le web les dégâts sont déjà énormes, même le site oumma.com se rapproche de certaines de ses positions et maintenant je vois que les effets se font ressentir sur le terrain.

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    réponse de Fanny

    Franchement, je trouve que tu as raison de poser cette question. Néanmoins, comme le dit l’auteur, ces gens ne vivent que dans l’antagonisme en profitant des frustrations des malheureux. Il ne faut donc pas leur donner ce qu’ils veulent: le clash par videos youtube interposées qui leur permet d’exister. Plus on éduquera les gens, plus ils pourront analyser les problèmes et faire la différence entre une réalité compliquée (où des intérêts occultes interviennent, certes) et une narration englobante et conspirationniste qui serait la source de tout mal (et donc l’excuse de toute inaction). Je sais pas si tu es d’accord, mais c’est ce que je comprend du texte de Marwan Muhammad, qui veille à ne pas prendre position dans la binarité, mais essaie de prendre de la hauteur pour comprendre les choses et avancer.

    Quant à Oumma.com, en tant que lectrice, je n’y vais plus depuis bien longtemps. Je ne crois pas qu’ils aient nécessairement une réelle analyse, mais plutôt qu’ils sont un site commercial qui vit de sa pub, et donc à ce titre ils cherchent de l’audience en alimentant les buzzs et les clashs et tout ce qui crée du conflit. Entre ça et Morandini… au moins Morandini ne se prend pas au sérieux. Pour être déçue, il eût fallu que j’ai une attente, ce qui n’est pas le cas.

    ++

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  2. Par Ness le 13 juin 2013 à 1:33

    Attends Marwan, t’es en train de me dire que le complot qatario-sionisto-illuminato-americano-maçonnique n’existe pas? Non, mais tu vis sur quelle planète? Non, mais allo!

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    réponse de Nagiba

    La plus grande force du diable est de faire croire qu’il n’existe pas… 😉

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    réponse de Marwan Muhammad

    Ou, en l’occurence, de faire croire qu’il est tout puissant et qu’il ne sert à rien de se battre car c’est peine perdue.

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    réponse de Al-Kanz

    S’agissant du complotisme, le tour de force de Shaytan réside plutôt dans sa capacité à rouler les esprits les plus intelligents en laissant penser qu’il n’y a qu’un combat, LE combat contre un gigantesque complot caché évidemment. Il en a roulé du monde Shaytan.

    Il détourne ainsi les gens 1) de la nécessité de s’occuper de soi-même, 2) de l’obligation d’oeuvrer vers l’essentiel.

    On affirme qu’il y a la guerre et dans le même temps plutôt que de se préparer au combat on consacre toute son énergie à dire « attention, l’ennemi est méchant, vicieux et il prépare le pire ». Sans blague ! L’ennemi voudrait donc ton mal ?

    Est-ce un hasard si Allah nous demande de renouveler constamment notre intention ? Est-ce un hasard si les rappels sur la réforme personnelle sont si nombreux ? Tout dans l’islam appelle à un travail constant sur soi-même, à la responsabilité personnelle et au perfectionnement de son âme.

    Comment donc dans ces conditions comprendre que le complotisme, cette maladie qui consiste à détourner chacun de ses obligations personnelles et de son devoir d’oeuvrer pour le bien commun, puisse avoir autant de succès.

    Le meilleur service que l’on peut rendre à des des ennemis réels ou supposés, c’est de ne pas travailler à notre propre réforme.

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    réponse de Mourad

    C’est une réplique de cinoche ça !! en parlant de Keyser Söze ,  » Usual suspects « 

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    réponse de Mourad

    « Le coup le plus rusé que le Diable ait jamais réussi, ça a été de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas ». Elle ressemble1 à une phrase issue du Joueur généreux de Charles Baudelaire (« La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ! »2), et sert à faire comprendre l’une des idées principales à propos du personnage de Keyser Söze : que tout le monde, même ceux qu’il emploie, en viennent à douter de son existence.

    WIKIPEDIA

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    réponse de Jedi Mind Tricks

    Je crois que tu as oublié les réptiliens, le groupe de Bilderberg, le cercle de Rome et aussi les V. 😉

    C’est quand même de leur faute si mon café était froid ce matin.

    Plus sérieusement, je n’ai pas vu que Marwan parlait de ça, mais plutôt de l’impact de ces théories (souvent foireuses) sur la vie des gens, qui se retrouvent frustrés, découragés, attirés vers des attitudes extrêmes.

    Il y en a même qui votent FN maintenant…

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    réponse de Ness

    Je suis aussi une grande fan des fictions sur le complot, c’est toujours passionnant. A la limite, qu’importe que les gens y croient ou pas, c’est leurs discours qui finissent par taper sur les nerfs. En gros, on n’a pas le droit d’être heureux tant que ces complots existent et surtout, quelque soit ton positionnement, tu es forcément manipulé au profit de tel ou tel mouvement, tu n’as rien compris et qu’il n y a aucune solution. Et moi, je dis que ça devrait être interdit de ne pas réfléchir et de faire de Dieudo et de Soral des prophètes. Parce que, dans le fond, ça ne me fait pas rire du tout. Mais alors, vraiment, pas du tout!

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    réponse de david

    Franchement, il y a de passionantes etudes a faire pour des etudiants en psychosociologie ! Pour ma part, je pense que nous somme dans la période d’akhirul zaman ‘ la fin des temps’, mais je rejete en bloc les théories de complots divers, les trucs du genre 2012, les machin-chose bidule ! cela nous éloigne de l’essentiel : agir en tant que Musulmans.
    la plus grande ruse de shaytane, c’est bien le mauvais conseil et la division de la oumma ! c’est aussi l’argent-dette qui prends les peuples a la gorge ! Mais alors que chacun cherche shaytane dans les cheveux de son voisin, personne ne voit qu’il a glissé ses écailles dans nos portefeuilles, personne ne voit qu’il peut lui aussi porter une barbe et un qamis aussi bien que se raser la tete et se vetir de cuir clouté, personne ne voit qu’il aime bien quand le frere traitre le frere de kouffar ou pire encore !
    Je crois en ce qu’a révélé Mohammed(saws) et je dis : Qu’Allah bénisse et pardonne au prophete autant de fois qu’il y a de créatures car il était juste en sa parole et dans ses actes ! Nous sommes tous indignes de gratter la saleté de ses semelles ! Nos ennemis doivent bien rire, et shaytane, il se rit d’eux et de nous… et il vous propose un pret pour la voiture.

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  3. Par Marwan Muhammad le 13 juin 2013 à 9:18

    Merci de vos commentaires.

    Juste une remarque: vous semblez interpréter ce récit dans notre contexte, ce qui est très compréhensible, mais il s’applique tout aussi bien à des populations minoritaires très différentes qui ont changé leur condition au fil de l’histoire.

    L’intériorisation du discours dominant, la volonté de repli, le désespoir et la division sont des éléments récurrents dans la condition des opprimés.

    J’interviendrai plus tard si besoin.

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    réponse de Baddre-Eddine

    Merci Marwan

    outch, ça calme. Je pense qu’en effet chacun peut s’y identifier. Un texte à mettre en favori et à ressortir lorsque qu’on la sensation de se laisser emporter.

    « Quelqu’un avait planté cette graine dans leur tête et dans leur cœur, cette idée qui, en leur présentant une vision simpliste et déculpabilisante de leur existence, parvenait à les assagir, à les pacifier, à les éteindre. »

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    réponse de Ness

    Note contexte, c’est le contexte de tous. Nous ne vivons pas en dehors du monde.

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  4. Par Mimi le 13 juin 2013 à 10:50

    Merci pour cet excellent article. Cela me fait d’ailleurs penser à ce qui suit:

    « La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c’est la paralysie morale. Son origine est connue : « L’islam est une religion parfaite ». Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-almohadienne une autre proposition : « Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits »[…]en neutralisant en nous tout souci de perfectionnement »(Bennabi).

    Qu’Allah renforce notre foi.

    [Répondre]


  5. Par Sayf BENAYAD le 14 juin 2013 à 4:25

    J’aime la pédagogie de ce récit.

    A l’heure où le pessimisme devient religion et le désespoir le phare qui l’illumine, nous devons reconsidérer nos objectifs et nous recentrer sur les valeurs et principes censés régir nos vies et nous permettre de tendre vers l’amélioration, la concertation et la discussion.
    Notre communauté et tant d’autres vivent (et on vécu par le passé) une ère de troubles psychosociaux, une ère de pannes intellectuelles ainsi qu’une absence inquiétante de remise en question profonde et motivée!
    Les Ennemis, s’ils existent, ne doivent pas nous détourner de nos idéaux ni des combats que nous devons mener. Le chemin que nous arpentons est semé d’embuches. Certaines sont de notre fait et d’autres existent malgré nous. Rien n’est jamais acquis ni aisé. Pour autant, nous devons garder le cap et ne pas nous laisser distraire par le chien qui aboie alors que la caravane passe.
    Le monde est complexe. Ses acteurs le sont tout autant. Vraisemblablement, il existe un agenda mondial caché. Il suffit de se retourner sur L’Histoire pour constater que le pouvoir de certains sur cette Terre s’est construis sur des manipulations, des complots et l’élimination de ceux qui pensent différemment et librement.
    Toutefois, au final je suis le seul coupable si je ne m’efforce pas de réfléchir par moi même. Je suis le seul coupable si je n’interagis pas avec mes semblable et si je ne crée pas les conditions d’un débat apaisé. Je suis le seul coupable si je laisse mon environnement se détériorer.
    Je ne changerai pas le monde car je n’en comprend pas toutes ses facettes. Nous impulserons le changement ensemble si nous restons concentrer sur la problématique centrale (que l’on validera ensemble) et que nous acceptons de nuancer plutôt que d’opposer chacune de nos positions sur chaque sujet que l’on évoque.
    Chaque esprit doit combattre son for intérieur et se libérer des idées préconçues et des opinions. Seul le Savoir, la curiosité intellectuelle et l’honnêteté intellectuelle nous permettrons de nous élever en tant qu’esprits libre et déterminés. Nous n’auront nul besoin, alors, de répondre aux provocations et de nous perdre dans un bourbier digne du Vietnam! J’en suis encore loin mais j’espère caresser cet état de Liberté et je vous le souhaite à tous!

    Amicalement,

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  6. Par Laxiste le 16 juin 2013 à 13:41

    Face à la majorité d’un vote, quand les lapins gagnent, les tigres mangeraient de l’herbe et des carottes.

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  7. Par Mourad le 16 juin 2013 à 14:11

    J’ai rien compris à cet article … mis à part le prologue…Faut avoir une bonne paire de Nike , c’est bon j’en ai une…Cours Forrest ! Forrest gUUUUMP!

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  8. Par Laxiste le 16 juin 2013 à 14:19

    Le silence et l’urgence ont toujours été nos compagnons. Nous la majorité laxiste, piégé entre nos fanatiques et le rejet de nos concitoyens, deux entités qui nous « blasphèment » tout en nous soutirant leur besoin, attendons notre heure, l’heure de passer à l’amnésie ou de naître dans la capacité à participer autrement.

    Soral et Oumma.com ne sont pas des chemins à prendre, mais des panneaux publicitaires que tu peux rencontrer sur un chemin sur lequel tu serais déjà… En avoir peur, me semble n’être qu’un manquement de ce qui peut aider à le concevoir : La connaissance. Malgré la pertinence de la distraction pour s’en écarter, le raisonnement, la conscience peut faire son chemin.

    Ce texte me parle, et me semble être en parfaite adéquation avec une image précise de la situation des musulmans en France, à titre individuel pour l’intérêt de tous.
    Maintenant il en était déjà le cas post ère pseudo islamophobe.

    On en vient donc à la question sachant ce qu’il y à faire, de savoir pourquoi on ne le fait pas. Qui sont les freins à notre expression et notre réelle existence ? Que de surprise dans les réponses.

    Le complot qatario-sionisto-illuminato-americano-maçonnique ? C’est binaire et on sait où nous mène le binaire ! Le binaire divise :
    « le changement d’un peuple ne passe pas par ceux qui le divisent, mais par ceux qui le rassemblent »
    Parler de iblis constamment, vous finirez par le voir et lui parler.

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  9. Par khadija le 16 juin 2013 à 22:19

    Barakallahoufik pour cet article bien écrit et dans lequel on se retrouve bien.

    J’ai envie de retenir l’acte II uniquement puisqu’il nous donne le chemin à suivre et l’espoir pour défier tous ces tigres et chayatin qui nous défient chaque jour à nous randonneurs de passage sur Terre.

    Je veux faire partie des acteurs de l’acte II qui ont compris que notre combat doit s’accompagner de savoir, travail, responsabilité, sagesse, …foi en Dieu

    Aussi sans l’aide de Dieu et aussi de mes frères et soeurs il sera difficile d’avancer, pour terminer un verset qui me vient à l’esprit et qui nous pousse à nous remettre en question:
    « Tout bien qui t’atteint vient d’Allah, et tout mal qui t’atteint vient de toi-même »
    Sourate Annisa, verset 79

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  10. Par Hayat Abdechafi le 19 juin 2013 à 16:32

    j’aime lire tes textes et sûrement que in sha ALLAH je les lirai à mes enfants avant qu’ils s’endorment. ce texte est beau. baraqu’ALLAH oufik dans ce monde de fou un peu de « tendresse »

    [Répondre]

    réponse de Marwan Muhammad

    Promis, j’essaierai d’écrire une histoire pour enfants insha Allah.

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  11. Par Ivan MONTI le 19 juin 2013 à 17:49

    Merci de ce texte, Marwan. A lire jusqu’au bout: je constate que tous n’ont pas eu cette patience…

    Face aux récents évènements tragiques, ta conclusion s’impose= « Désormais, ils n’avaient plus d’excuses, ils n’avaient que des actions.Elle m’encourage à persister dans ma petite action , aussi modeste et aussi vaine puisse-t-elle sembler à mes yeux, elle s’inscrit dans le sens de la dignité et de la solidarité nécessaires. Indispensables pour vivre, tout simplement.
    Faire au minimum ce que l’on peut, même si cela semble vain, même si c’est cela semble trop peu, faisons-le ! Il n’y a pas d’excuses.

    [Répondre]


  12. Par farid le 20 juin 2013 à 11:10

    Nous sortons d’un siècle où, à mon avis, domina l’illusion que l’homme est rationnel (nous en voyons d’autres exemples aujourd’hui), alors qu’en fait les obscurantismes, la violence, mais aussi des effets divers notamment de panique sociale, n’ont fait que montrer l’importance des forces de l’irrationnel et, en particulier, de l’émotion. Je m’intéresse personnellement depuis quelques années à un problème fondamental concernant les violations des droits de l’homme. Il s’agit des enfants que l’on fanatise et qui deviennent les bras armés de la haine d’autrui.

    2En effet, malheureusement, au cours de l’histoire, les enfants ont souvent été, et sont encore, utilisés pour transmettre la haine plutôt que la tolérance. Leur cerveau a été enfermé dans des schémas mentaux rigides qui engendrent l’intolérance, le fanatisme et la barbarie, par des méthodes éducatives qui entraînent ce que j’appelle la « dépendance cognitive » : une véritable toxicomanie de la haine. La liste est longue qui illustre ce propos. On peut citer les enfants de la guerre, par exemple les tristement célèbres enfants de la Sierra Leone qui, à quinze ans, enfermés dans des idées qui les poussent au massacre, mutilent sans raison leurs compatriotes. On peut aussi citer les enfants endoctrinés par un fanatisme religieux et politique – jeunesses hitlériennes, enfants khmers fanatisés par Pol Pot –, mais aussi, plus proches de nous, les enfants qui, prenant pour réalité des « jeux de rôles » virtuels, finissent par exercer la violence sur leurs camarades, etc.

    3Il s’agit d’un problème non seulement universel mais qui traverse toute l’histoire. René Cassin, prix Nobel de la paix, rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, parle de l’importance de l’éducation qui « ne doit pas être laissée à ceux qui l’utilisent pour la haine et la destruction ».

    1 « Non pas des vérités acquises, mais l’idée d’une recherche libre. »
    4Notre siècle s’ouvre, dans ce domaine, sur des paradoxes concernant les progrès de certains aspects des relations sociales et de la tolérance. D’un côté, la « pensée libre », selon la fameuse citation de Merleau-Ponty inscrite dans le foyer du Collège de France1, connaît des moyens sans précédents pour s’exprimer : livres, radio, télévision, Internet, élections, etc. L’idée de démocratie, qui inclut l’acceptation fondamentale de points de vue opposés et de la « pluralité interprétative », progresse bon an mal an. D’un autre côté, elle recule dans des sociétés où, au contraire, on tente de revenir à l’obscurantisme et aux fanatismes en utilisant, entre autres, des texte sacrés ou des mots d’ordres politiques pris à la lettre et restreints dans leur acception. Ces limites sectaires de la pensée libre sont dissimulées derrière des idéologies ou des prétextes religieux. Elles sont au service de la dictature, du pouvoir d’une oligarchie, ou d’un seul homme. Les généreuses idées du siècle des Lumières sont menacées par une tenace résurgence de la haine d’autrui, manipulée par des pensées dogmatiques.

    5Dans cette perspective, comment la pluralité interprétative, comment la flexibilité, la tolérance – qui est à la base de la capacité de prendre, par exemple, une décision « contrefactuelle », c’est-à-dire de changer d’opinion – peut elle être protégée ? Je voudrais soutenir ici qu’un aspect crucial de cette question tient dans l’éducation des enfants et, en particulier, dans certaines périodes de l’enfance. Le sujet que je traiterai brièvement est celui-ci : dans quelle mesure la capacité d’avoir plusieurs points de vue peut-elle être promue au cours de l’éducation d’un enfant et d’un jeune adulte pour donner un fondement solide à la tolérance ? Un des défis pour la physiologie, la psychologie, la psychiatrie et les sciences cognitives contemporaines, est bien d’analyser quels sont ces mécanismes qui permettent l’enfermement psychologique de l’enfant dans des schémas mentaux rigides.

    6Une première idée s’impose comme une évidence, sans être une réponse : pour lutter contre cet enfermement dans un schéma mental, il faut pouvoir changer de point de vue sur le monde, il faut être en mesure de « manipuler » les représentations et les idées. Les neurosciences cognitives peuvent-elles être utiles pour la compréhension de ce phénomène, sans toutefois permettre de donner de solutions définitives ? Nous allons ici esquisser une réponse à cette question dans l’espoir de susciter un travail de fond interdisciplinaire.

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