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Bob Keno

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Sauve la nature, roule en Fiat 131

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CR : FurLined/Flickr

 

Cette semaine, j’ai piraté la rubrique publicitaire de Wahiba pour te présenter, cher lecteur, l’un de mes spots préférés. Tu cliques et tu découvres ce qu’il convient de qualifier de monstre de la route : l’unique Fiat 131 ainsi que son conducteur, le non moins unique Bob Keno. Savoure ce bruit d’un moteur sans pot catalytique, sans filtre anti-émissions de CO2, ces sièges sans airbags, ce châssis sans anti-patinage, sans ABS, sans correcteur d’assiette, sans rectificateur de trajectoire et sans détecteur de pluie.

Bref, la voiture essentielle.

Quatre pneus, un volant et un gros moteur, vestige d’une époque où l’automobile était perçue comme un outil de conquête de l’environnement, un instrument de la virilité.

C’est d’ailleurs pour cela que Bob est là. Tu noteras que Bob n’est pas un explorateur de la nuance. On veut montrer que la Fiat 131 est une voiture de bonhomme qui fait vroum vroum, crache de la fumée et éclabousse les piétons. Bob ne doute jamais, sauf à 1 minute 20 secondes, quand d’un geste pas surjoué du tout, il essuie dignement cette petite goutte de sueur que seul l’homme aux prises avec le risque connaît, quand il chancelle aux frontières de ses limites avant de calmer le jeu, d’un geste maîtrisé.

Si cette publicité est construite de cette façon, c’est que la voiture (et la monture de manière générale) a toujours été un marqueur socio-économique puissant, perçue comme un instrument de liberté qui permet, comme le cheval ou le chameau, de maîtriser la distance, d’explorer ce dont nos capacités physiques limitées nous privent. Avoir une voiture puissante, c’est aussi parfois une façon de vivre sa masculinité par procuration, comme si on pouvait construire une identité à partir de ce que l’on possède.

Rappelons aussi qu’au cours du siècle passé, la voiture est passée par des changements technologiques et sociaux de grande ampleur. Qui se rappelle aujourd’hui que les premières automobiles à essences étaient perçues comme une révolution écologique à la fin du 19ème siècle ? Elles venaient libérer les villes de l’insupportable présence des chevaux…et de leurs déjections. Les grandes villes étaient infestées de mouches et on construisait des immeubles toujours plus haut pour échapper (aussi) aux puanteurs des trottoirs. Il n’était pas envisageable de “se balader en ville” et il suffisait qu’un cheval meurt dans la rue pour que la circulation soit paralysée. Que fait-on pour déplacer un cheval sans grue, sans treuil, sans tracteur, sans mécanique ? Tu veux vraiment savoir la réponse? On le découpe ou on le laisse pourrir sur le bord de la rue.

C’est ainsi que la voiture est venue sauver les villes d’une pollution insoutenable. Une véritable révolution verte.

Quel chemin parcouru avant de retrouver Bob au volant de sa Fiat 131 virevoltant dans la brousse, comme un peu pressé d’arriver à l’heure pour regardez Dallas…

Mon humble avis?

Cette pub peut paraître drôle et anachronique dans sa forme mais elle n’a jamais été autant d’actualité dans son idée fondatrice : l’homme “moderne” construit son identité et sa masculinité par l’acquisition d’objets de puissance. La voiture en fait partie, au même titre que les armes, les téléphones, les montres, etc.

Aujourd’hui, les objets et les codes de communication sont différents mais les réflexes demeurent les mêmes. Reste à savoir, parmi les objets qui nous entourent, quels sont ceux que nous possédons et quels sont ceux qui nous possèdent.

CR : Basic Transporter/Flickr

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