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“Mariage rebeu” 1 : Paradoxes et contre-sens

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Avertissement : tous les personnages cités dans cette série sont totalement fictifs. Toute ressemblance avec la réalité serait purement fortuite, sauf pour la tante Hassina que vous avez tous sûrement déjà rencontrée…

 

C’est censé être le plus beau jour de ta vie, mais ce qui te préoccupe, là tout de suite, c’est l’arrangement symétrique post-structuré de ta coupe de cheveux. Il y a des jours comme ça où l’on ne sait plus trop ce qu’on fait. Ni pourquoi, ni comment.

Le mariage est une institution, parfois un sacre. Qu’on soit, chrétien, juif ou musulman, l’idée qu’un homme et une femme s’unissent pour la vie devant Dieu sacralise la construction de la famille, donne une réalité sociale et juridique à un sentiment d’une beauté et d’une force indescriptibles : l’amour. Sincère.

Pour d’autres, l’idée du mariage est totalement caduque, désuète comme ces clichés des temps passés où la fidélité, la morale et le bon comportement étaient encore des espoirs réalistes, aujourd’hui désespoirs idéalistes.

On trouve ainsi des mariages pour optimisation fiscale, d’autres encore pour l’image de marque qui sied à la clientèle cible de l’entreprise que l’on dirige, les uns s’alliant aux autres, dans une union de convenance pré-approuvée par l’assemblée des actionnaires.

Viendra peut être un temps où l’on cherchera un conjoint comme on cherche un appartement. Il faudra présenter ses fiches de paye, un RIB et un garant. On signera un bail 3/6/9 devant notaire, prolongeable par tacite reconduction. Il n’y aura plus d’embrouilles conjugales. Il n’y aura plus de problèmes, plus de colère, plus de tristesse. Il n’y aura que des sujets, dont on optimisera la résolution lors de réunions conjugales hebdomadaires. Ce sera le progrès.

D’ici là, le mariage est et reste un morceau de vie, avec ses hauts et ses bas, ses rires et ses larmes, ses cassures, ses blessures et ses moments de bonheur rayonnant.

Ayant eu la chance de me marier assez tôt et sans que ce soit trop compliqué, j’ai découvert le « protocole du mariage » et ses codes surtout au travers des cérémonies et fêtes auxquelles j’ai été invité. J’ai eu l’occasion de voir des mariages japonais, des cérémonies oecuméniques, bouddhiques et chrétiennes, des rituels turcs, des unions laïques libres et beaucoup de « mariages rebeus » (expression consacrée pour qualifier les mariages entre personnes maghrébines vivant en France).

J’ai gardé pendant des années mes observations jusqu’au jour où, en voyant deux mamans algériennes danser nonchalamment sur Like a Virgin de Madonna en attendant la cérémonie du henné, je me suis dit qu’il y avait comme un léger décalage entre la volonté plus ou moins affirmée de se référer d’une part à l’islam ou à une tradition culturelle et, de l’autre, la façon de célébrer les mariages dans nombre de familles maghrébines de France.

Mieux vaut en rire.

« Mariage rebeu » : opération commerciale montée de toute pièce s’achevant par une pièce montée… qui te fait rouler dans la voiture que tu n’as pas, porter le costume que tu n’as pas, payé avec l’argent que tu n’as pas mais c’est pas grave parce qu’il faut que ça brille.

Mais revenons un peu en arrière, rembobinez la cassette. Disons que les parents des deux parties viennent de tomber d’accord à propos du projet. C’est déjà un évènement en soi : les parents de Jamila ont finalement accepté l’idée du mariage, même si le code génétique de Jamel n’est qu’à 98% compatible avec celui des ressortissants de leur village.

Commence alors un ballet diplomatique de haut vol dans la préparation de l’évènement et la sélection géostratégique des invités.

Il faut absolument inviter la tante Hassina, marieuse et bavarde qui autrement risquerait de décrier l’ensemble de la famille en les plaignant d’être tombés dans la pauvreté, seule raison plausible qui justifierait qu’elle n’ait pas été dûment conviée.

Par contre, hors de question de donner une place à la famille du cousin Miloud, qui a fait des embrouilles au dernier mariage et s’était pointé avec son mécanicien qui venait de le dépanner 3 heures auparavant.

Ménager les susceptibilités, honorer les alliances tacites, évaluer le risque de réputation inversement proportionnel à la somme totale dépensée. Lancer une stratégie de marketing viral en répandant la nouvelle auprès des plus indiscrètes amies de la famille, qui déjà s’activent à médire ou à encenser les mariés en fonction du rôle de choix qui leur a été accordé dans la cérémonie.

Tout le monde sourit et tout le monde commente, expert(e) autoproclamé(e) ès mariage rebeu, les détails de l’organisation, la date qui ne s’accorde pas à la météo, les faire-part dont la couleur laisse à désirer, la famille de Jamila dont le rang social inférieur dans la classification aristocratique du bled menace le couple avant même qu’il ne soit.

Entre les papas, la conversation bat son plein sur l’excellence du réseau autoroutier nouvellement étendu entre Oujda et Taourirt, entre Alger et Sétif, entre Tunis et Tataouine, tandis qu’une guerre de tranchée fait rage entre les mamans, tout en petites phrases assassines pour tenter de faire imposer chacune sa vision du protocole de mariage.

Choix de la salle, choix de la robe, choix du traiteur, choix de la voiture, choix des alliances, choix du voyage de noces. Choisir ce que l’on va payer plutôt que ce que l’on voudrait vivre.

En général, les espoirs et les attentes des mariés arrivent loin derrière les apparences qu’il faut sauvegarder. Peu importe si on vit dans un HLM pendant 30 ans si on peut, ne serait-ce qu’une journée, vivre la vie dorée, même à crédit.

Jamel et Jamila se retrouvent obligés de composer entre ce qu’ils voudraient faire et ce qu’il faut (apparemment) faire, fruit d’une culture de l’apparat construite de toute pièce, non-questionnable et profondément ancrée dans l’imaginaire collectif franco-maghrébin, parfois à des années lumières de toute tradition islamique.

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