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24h dans la peau d’un VRP

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Ce qui est bien quand on écrit sur la vie réelle, c’est qu’on a toujours une source d’inspiration : par définition, plus on fait de choses, plus il nous arrive de trucs. Ensuite, la probabilité que l’un de ces trucs vaille la peine d’être raconté varie : il peut se passer quelque chose d’incroyable et que cette seule caractéristique suscite l’envie de le dire. Il se peut également qu’il ne se passe rien, mais qu’on trouve une inspiration toute particulière à le raconter. Plus on a de choses à dire, moins on a de temps pour les exprimer. Ce qui fait qu’il y a un conflit naturel entre ce qui nous arrive et notre capacité à en rendre compte.

L’ennui a toujours été une terreur pour moi. Ça explique beaucoup de chose dans mon emploi du temps, à commencer par samedi dernier…

Samedi dernier donc, le 20 septembre, je me suis dit que j’allais faire le tour des librairies pour faire la promotion de Foul Express. D’habitude, les maisons d’édition ont des responsables commerciaux et des distributeurs pour se charger de ça, mais comme je n’ai ni l’un, ni l’autre, je me suis dit que c’était une bonne chose de le faire moi-même et une bonne façon de confronter mes idées sur l’édition et les livres à la réalité du terrain.

J’ai beaucoup appris. Y compris des choses que j’aurais préféré ignorer.

Comme je l’expliquais dans un article précédent, mon livre Foul Express est un ouvrage difficile à présenter, d’abord parce qu’il n’a pas de catégorie naturelle : il est à mi-chemin entre une critique de la finance, une étude sociologique et un roman-témoignage. Ensuite le titre n’est pas explicite : « Foul Express » ça ne veut rien dire pour quelqu’un qui n’a pas suivi le blog où les premiers chapitres étaient consignés. Enfin, l’appartenance explicite à l’Islam de l’auteur (moi) fait qu’il y a toute une série de préjugés qui règne autour du livre et qui rendent difficile la présentation du livre dans des librairies conventionnelles sans une campagne de promo suffisante.

Pour cette raison, les premiers points de vente que j’ai visés sont des librairies musulmanes. Je qualifie de « musulmane » sans grande conviction les boutiques qui vendent des livres traitant de l’Islam ou écrits par des auteurs apparentés à l’Islam.

La Librairie du Monde Arabe, la première où je me suis présenté, est l’une de ces belles boutiques qui sentent les livres. Le gérant m’a reçu chaleureusement au milieu de piles de bouquins de toutes sortes, écrits en arabe ou en français, imprimés à Damas, Le Caire, Beyrouth, Madrid ou Nantes J’ai donc présenté le livre le plus fidèlement possible. J’ai expliqué au libraire ce qui m’a poussé à l’écrire, la ligne directrice, le style, les thèmes abordés. Beaucoup de questions ont suivi. Une discussion riche et intéressante. On sentait bien que le libraire aimait les livres à la façon dont il en parlait. C’était important pour moi de pouvoir comprendre ce qui fait le métier du libraire.

La suite de la journée  était moins glorieuse, non pas en termes de résultat des ventes, puisque sur 9 librairies visitées ce samedi-là, 7 ont accepté d’être des points de vente pour Foul Express, mais dans l’interaction avec les libraires eux-mêmes, ou plutôt devrais-je les nommer « vendeurs ».

Le livre est un objet parmis d’autres dans leurs magasins : parfums, foulards, vêtements, jouets en plastiques made in China, horloges avec horaires de prière intégrés, etc. Ce sont de véritables bazars auxquels on a affaire et le livre ne semble ici être qu’un argument de vente supplémentaire, comme une caution déculpabilisante d’une pulsion de consommation effrénée. Les vendeurs ne savent pas ce que contiennent les livres qu’ils vendent. Si on leur demande conseil, il est difficile de savoir s’ils nous orientent vers le livre sur lequel ils touchent la meilleure marge ou sur celui qui leur paraît, d’après la couverture et le titre, le plus accrocheur. Sur la vingtaine de boutiques du quartier, le résultat est une distribution hétérogène de librairies avec des variations dans le professionnalisme, la sympathie des vendeurs, la cohérence des rayonnages, la situation géographique, etc. En somme une série de paramètres simples qui font que dans le même pâté de maison qui va du boulevard de Belleville à la rue Jean Pierre Timbaud, si on cherche à acheter un livre, on risque de vivre et de trouver tout et son contraire.

Morceaux choisis :

Je précise que je me présentais aux libraires sans dire spontanément que je suis l’auteur de Foul Express, donc ils me prenaient la plupart du temps pour un vendeur délégué sur Paris par les Editions Sentinelles nouvellement créées.

Librairie X

  • Je viens présenter un ouvrage qui vient de sortir. Est ce que vous auriez un moment pour que je puisse vous en parler ?
  • Ah là c’est pas le moment, il faut repasser quelques jours après l’aïd ou prendre rendez vous.
  • Très bien. Bonne journée et à bientôt insha Allah.

Sans insister une seule seconde, je laisse un exemplaire pour lecture et ma carte de visite, salue les libraires et sors du magasin. Quelques mètres plus tard (le temps de lire la carte de visite ?), l’un des vendeurs me court après sur le trottoir :

  • Marwaaaaaaan !! S’il te plait reviens le libraire voudrait que tu lui parles du livre.

C’est bien qu’il ait pu se libérer…

Finalement l’accueil a été bon. On a eu le temps de parler un peu du livre et les libraires ont mentionné qu’ils avaient essayé de promouvoir la Finance Islamique dans leur magasin.

Librairie Y

De prime abord, on pourrait se dire que c’est un peu prétentieux d’utiliser un nom d’une illustre institution pour une librairie-bazar mais soit. Je suis là pour présenter le livre donc je m’y colle. Après mon monologue minuté, le patron accepte de prendre le livre en dépôt. Après avoir fini ma tournée, je reviens pour lui livrer les livres. Les marges des libraires, c’est 50% quand ils achètent le livre et autour de 33% quand ils le prennent en dépôt. Fnac achète avec 40% de remise et droit de retour (ce qui revient à un dépôt déguisé).

Logiquement, en revenant à  la librairie Y, je pré-remplis le bon de dépôt avec 33% de marge pour le libraire. Le libraire me prend un petit peu à l’écart des clients :

  • Il y a une erreur sur le bon de dépôt. La marge pour nous c’est 50% et non 33%.
  • Je croyais que tu voulais le livre en dépôt, c’est pour ça que j’ai mis 33%.
  • Oui on prend le livre en dépôt, mais on veut 50% de marge.
  • Est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi tous les libraires du quartier prendraient 33% et toi 50% ? Est ce qu’il y a quelque chose de spécial ici que les autres n’ont pas

Là, il me demande de le suivre dans un des rayons et me montre un livre poussiéreux tout en bas du présentoir. La couverture est bâclée,  la qualité d’impression mauvaise, le sujet totalement dépassé. Puis il me dit :

  • Tu vois, lui il me donne 50%. Et c’est un Français…

Bon, je m’attendais à plein de trucs en me réveillant ce matin, mais cet épisode ne figurait pas dans la liste. Le marchand sous-entend que moi, misérable Arabe comme lui, je devrais lui concéder une plus juteuse remise que les Français (de souche, bah oui parce que nous on le sera jamais complètement). Ça donne une idée du respect dans lequel il se tient lui-même ainsi que ses semblables. Ma réponse :

  • Ecoute mon frère : ni je te le vends, ni je te le laisse en dépôt. Et bonne journéééée…

Là-dessus je sors du bazar, plein d’idées en tête. Inutile de dire que je n’achèterai plus mes livres sans me poser la question de « qui me les vends ? », « comment ? », « combien ? » et « pourquoi ? ».

Cette journée m’a appris plein de choses :

1) la qualité d’un livre n’est qu’un facteur parmi tant d’autres dans l’explication des ventes

2) la décision d’achat des consommateurs de livres a une part irrationnelle qu’il faut accepter

3) il est plus facile de vendre deux livres de 100 pages à 10 euros chacun qu’un livre de 250 à 15 euros

4) beaucoup de libraires ne lisent pas les livres qu’ils vendent

5) mieux vaut prendre une certaine distance vis-à-vis des livres qu’on écrit, sinon on risque de prendre de manière très personnelle les critiques déplacées

6) les ventes sont un indicateur biaisé du succès d’un livre. D’abord parce que la qualité perçue d’un ouvrage devrait être mesurée après sa lecture et pas avant. Ensuite parce que tant de facteurs participent à la vente d’un livre, bien au-delà de son contenu (cf point 1) : la stratégie de vente, la notoriété, le placement en boutiques, l’atmosphère générale, les couleurs de la couverture, etc…

7) on peut être libraire et réaliser l’essentiel de son chiffre d’affaires en vendant babouches et foulards colorés.

Le samedi suivant (le 26 septembre 2009), c’est ma deuxième journée de présentation du livre dans les librairies. Sonia, qui fait partie de l’équipe Foul Express, m’a préparé un listing de librairies alternatives, soit de gauche, soit ayant un parti pris pour les petites maisons d’édition.

Cette fois l’expérience est complètement différente. Plutôt que d’avoir à composer avec le mercantilisme des bazar-librairies de Couronnes, je dois lever les préjugés que beaucoup de libraires traditionnels ont sur les auteurs qui s’apparentent, de près ou de loin, à l’Islam.

Je commence en fin de matinée par l’espace Ishtar (Paris 5e), qui pour l’instant est la librairie qui ressemble le plus à Foul Express : à mi chemin entre le monde Arabe et l’Occident, des ouvrages sur l’Islam et une pensée alternative sur des sujets de société. Sur les étals, on trouve des livres sur l’Amérique du Sud, des contes arabes anciens et le Pouvoir Noir, de Malcolm X.

La libraire qui me reçoit  est très intéressée par le livre. Chaleureuse, passionnée par ce qu’elle fait. Elle est convaincue par le livre et en prend quelques copies en dépôt (et commence par en prendre un exemplaire pour sa collection perso). Ca fait plaisir.

Dans les librairies qui suivent, voila le dilemme : comment présenter le livre en tenant compte de la ligne éditoriale des libraires, sans les froisser dans les idées qu’ils ont à priori sur le livre.

3 boutiques plus tard, je rentre dans la librairie Z. Avec le son ça donne :

Marwan souriant – Bonjour, je viens pour présenter un ouvrage si vous avez un petit moment…

Libraire condescendant – Il faut prendre rendez vous. C’est comme ça qu’on fait normalement. Les libraires ne vous l’ont pas dit ?

Il est utile de préciser que la boutique est vide.

Marwan faux naïf – En fait, ceux qui n’avaient pas de clients à servir et qui s’intéressent à ce que les jeunes auteurs ont à proposer ont pris le temps de me recevoir. Mais je comprends que vous soyez occupé…

Libraire piqué – C’est un roman ? […]

C’est bon coco, redescends, ta librairie c’est pas la terre promise non plus…

Pour la dernière visite de la journée, je vais à Y, une librairie bien à gauche qui se veut alternative. On discute un long moment. C’est une librairie associative où 5 personnes travaillent (dont deux payées à mi temps). Comme avec la plupart des libraires que j’ai rencontrés ce jour là,  ça se passe très bien mais je note un petit point de blocage autour de l’Islam :

Les gens trouvent passionnant l’idée de quelqu’un qui explique le fonctionnement de la finance vue de l’intérieur. Ils sont charmés par l’idée du jeune Arabe qui s’en sort envers et contre tout puis qui questionne rétrospectivement son parcours. Par contre, ils ont beaucoup de mal à entendre le fait qu’il ait fait tout ça en ayant une référence forte à l’Islam. Si je dis : « je me bats au nom des valeurs universelles, de l’humanisme, etc. », pas de problème. Par contre, si je dis : « je fais tout ça parce que je suis Musulman et que ma religion me commande une certaine morale et une certaine éthique », les gens ont du mal à comprendre.

Marrant, cette capacité  à entendre l’autre tant qu’il vient confirmer les idées qu’on a déjà (c’est justement dans la partie 2 du chapitre 20 de Foul Express).

C’était 24 heures dans la vie d’un vendeur de livres.Tous les auteurs devraient passer une journée comme celle-ci pour comprendre à qui ils parlent, comment leurs idées sont perçues et surtout comment leurs idées sont vendues. C’est comme un rappel à la réalité qui casse les mythes qu’on peut avoir autour des livres, de ceux qui les écrivent et de ceux qui en vivent.

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Foul Express, du blog à l’édition

no comment

9 septembre 2009, 18h01, dans le train pour Lille

Bon, voilà qui est fait.

Foul Express est à l’imprimerie à l’heure où j’écris ces lignes. J’ai reçu hier le « bon-à-tirer » (le « BAT ») pour validation. Le BAT est l’exemplaire zéro d’un livre prêt à être publié, comme un test pour vérifier que tout est en ordre : la couverture, le code barre, la mise en page, la table des matières, etc.

Les dernières semaines ont été rudes et il a fallu travailler vite et beaucoup pour arriver à boucler le livre en temps et en heure. Quelques nuits et week-ends plus tard, voici entre mes mains le fruit de notre travail. Richard est à Madrid et Mehdi à Maastricht donc je leur transmets par écrans interposés mes premières impressions : je suis très content, al hamdulillah et j’ai le sentiment qu’une page est tournée, au sens propre comme au figuré. Le fait que ces quelques années de ma vie soient consignées dans un livre qu’on peut ouvrir, fermer, ranger, c’est assez étrange comme sensation.

Mon fils de 3 ans a fait quelques corrections au crayon à papier. Cet exemplaire lui appartient, donc c’est son droit. Quant à moi, j’évite d’y relire quoi que ce soit, parce qu’à chaque fois je trouve quelque chose à corriger ou à modifier.

Lundi, j’ai passé un long moment avec Fani, 30 ans d’expérience dans l’édition, qui a accepté de me rencontrer pour me conseiller et répondre à mes questions. Si je l’ai sollicitée, c’est que j’ai besoin d’y voir clair dans ce qu’on appelle « le marché de l’édition ». Moi qui m’interrogeais sur la suite du livre… Si Foul Express relate les tribulations d’un ingénieur dans le dangereux monde de la finance, les dernières semaines marquent les péripéties d’un auteur débutant dans le périlleux monde de l’édition.

Périlleux, l’univers des livres l’est moins que celui des banques. Les deux sont pourtant des environnements où l’argent est en première ligne dans les critères de décision.

Comme je l’expliquai à Fani, je viens d’un monde où les gens qui écrivent des livres n’existent que dans les films.

Dans ce monde, l’auteur-type a des cheveux longs et une chemise froissée. Il cherche l’inspiration au fond d’un verre et passe sa vie à découvert. Éternel insatisfait, il déchire ses feuilles en les arrachant violemment à sa machine à écrire. Le front entre les mains, l’esprit au fond du trou, il trouve le dénouement inespéré de son histoire dont un éditeur lui achète les droits pour une misère. Il meurt à 30 ans de tuberculose.

Forcément, ça ne m’a jamais donné envie d’écrire. Si on ajoute à cela ma phobie des livres et ma lenteur de lecture, on comprend que je n’étais clairement pas destiné à une carrière littéraire. A moi les mathématiques.

Pourtant, les dernières années m’ont donné ce qu’un proche appelle la rage de dire. L’envie de témoigner et de laisser une trace écrite de cette période trouble que nous traversons. J’avoue y avoir pris goût, tant et si bien que Foul Express est devenu un livre.

Une fois le livre écrit, comment trouver un éditeur ?

Bon, ça c’est la partie vraiment pénible. Il faut envoyer son manuscrit à des maisons d’éditions et attendre leur avis. Quelles maisons d’édition ? Comment s’y prendre ? Pour le savoir, je suis allé à la Fnac Saint Lazare (Oui, jusqu’à récemment je pensais que c’était un bon endroit pour acheter des livres). Là, je suis allé voir un des vendeurs à l’accueil librairie.

Marwan : Bonjour, je viens de terminer d’écrire un livre. Je prévois de le soumettre à quelques éditeurs. Pourriez-vous me conseiller ?

Vendeur : C’est un roman ou un essai ?

Marwan : Un peu des deux.

Vendeur : C’est sur quel thème ?

Marwan : Principalement la finance, mais ça parle aussi de l’Afrique, de la consommation, de la situation des Musulmans en France, de mes rêves d’enfants, etc.

Vendeur : Oulaaaaa. Vraiment je vois pas, là… Essayez d’aller voir au rayon économie.

Après quelques allers-retours entre les rayons, j’ai compris que Foul Express ne rentrait dans aucune des catégories classiques. Apparemment, il y a des passages sur l’Islam donc ça ne peut pas être en économie, des passages sur Goldorak donc ça ne peut pas être un essai, des passages sur la Palestine donc ça ne peut pas être de la littérature pour enfants, des passages qui parlent des médias donc ça ne peut pas être un roman, ce qui tombait bien parce que je n’avais pas envie d’être rangé, même sous pochette plastique dans un rayon Fnac, entre « American Vertigo » et « L’Open Space m’a tuer ».

Alors là je me suis dit : bon, ok, c’est intéressant. Je vais mettre ma paire de lunettes et passer cette histoire au rayon X économique :

Les vendeurs et les éditeurs font ce qu’ils peuvent en fonction des contraintes et des stimulations auxquelles ils sont soumis. Quelles sont-elles ?

D’abord, côté supermarché du livre, il faut vendre beaucoup pour pouvoir avoir de grands magasins (la réciproque est vraie, plus on a un grand magasin, plus on vend). Ensuite, il faut vendre des ouvrages bien médiatisés, donc bien diffusés dans les journaux, les radios et les émissions TV littéraires. Pour avoir un tel dispositif de promotion, il faut avoir ses entrées dans les médias et avoir les moyens économiques d’une large campagne de presse, donc il faut être une maison d’édition d’une certaine taille. Pour atteindre cette taille il faut vendre beaucoup donc il faut être disponible dans les supermarchés du livre.

Oui mais voilà, imaginons qu’un vendeur Fnac se dise « Tiens, il est vraiment bien ce bouquin sur lequel je suis tombé par hasard. Bizarre que personne n’en parle. Je vais le mettre sur l’étalage pour que les gens le voient. » Eh bien cet accès de zèle littéraire ne durera pas. Les commerciaux des grandes maisons d’édition maintiennent une grosse pression sur les libraires pour que leurs ouvrages soient toujours les mieux placés, les mieux stockés, les mieux vendus. Quand le libraire devient une grosse librairie et que la grosse librairie devient un supermarché du livre, leur marge de manœuvre dans les choix de vente devient légèrement favorable, mais il y a forcément des conflits entre ce qu’on a envie de recommander et ce qu’on a envie de vendre pour augmenter son chiffre d’affaires, dans un milieu de la librairie où beaucoup ont du mal à joindre les deux bouts.

C’est ce dont j’ai eu confirmation en lisant les tribulations d’un petit éditeur sur le site :

http://www.docteur-watson.com/tribulations.html

Ensuite j’ai voulu élucider un mystère (qui n’en était pas un) : le prix des livres.

Pour avoir une idée claire, si Foul Express était publié par une maison d’édition de taille sérieuse et que le prix de vente finale était de 15 euros, voici comment ce prix se décomposerait :

1 à 2 euros pour l’imprimeur

+ 7 euros pour la Fnac

+ 3 euros pour le distributeur/diffuseur

+ 2 à 3 euros pour l’éditeur

+ 1 euro pour l’auteur, dont 51% reversés au fisc

= 15 euros.

Là, je me suis dit : « Mais non, c’est pas ce que tu crois, tous ces gens ne sont pas en train de se gaver sur ton dos. Ils veulent juste dissuader les auteurs qui courent après l’argent. Parler de foul doit rester un acte désintéressé, tu comprends ? ».

Et puis j’ai revu les chiffres : « Ah oui, effectivement, tout le monde veut me rôtir. »

En supposant que je rencontre l’éditeur qui n’existe pas, qu’on trouve un terrain d’entente qui ne se trouve pas, qu’il distribue mon livre là où il ne se vendra pas, qu’il fasse de la promo dans des médias qui ne m’aimeront pas, qu’il vende 10000 copies qui ne s’achèteront pas et que je devienne l’auteur que je ne suis pas, on serait encore loin du compte.

Je n’avais jusque-là pas souhaité tirer des bénéfices de Foul Express, mais je n’accepterai pas d’être un pion d’un système de l’édition qui n’a pas grand-chose à envier au monde de la finance, pour que par ironie mon livre se retrouve à critiquer l’establishment dans ses pages et à l’enrichir dans ses comptes. Comment compter les heures et les nuits passées par Richard, Sonia, Malika, Rachida, Fabrice, Mehdi, Carine, Fateh, Caroline et tous ceux qui ont aidé, relu, corrigé, décoré, soutenu Foul Express ?

Donc très vite, l’idée d’indépendance est venue et nous avons décidé de créer les Editions Sentinelles. L’argent des ventes de Foul Express servira à monter les projets de cette maison d’éditions.

Ce premier tirage de Foul Express est donc un tirage test. Si vous soutenez ce travail, que vous pensez qu’il est utile ou que Foul Express vous semble tout simplement être un bon livre alors achetez le.

Bonne lecture.

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