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L’enfant qui parlait aux étoiles

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Allongée dans son lit, la couverture bien remontée sur sa poitrine laissant dépasser ses petites mains, Faten regarde à travers la fenêtre.

« Petite étoile comment t’appelles-tu ? Est-ce que tu me regardes comme je te vois ? Où te caches-tu quand le soleil se lève ?  Je te confie mes secrets. Je te confie mes rêves. Ne t’en vas jamais, jamais loin de moi. »

Le sommeil ne vient pas. Faten a pourtant dit ses prières mais à chaque fois qu’elle ouvre les yeux, il faut recommencer le rituel qui apaise le cœur et calme les idées, jusqu’à ce que les yeux se ferment et que le souffle s’allonge, quand le sommeil l’enveloppe comme un doux voile de songes …mais ce soir, pour Faten, le sommeil s’est caché.

L’esprit de Faten demande à son cœur :

«

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

– Je suis brisé, dit le cœur. Papa est parti en claquant la porte. Maman sèche ses larmes dans la cuisine. Faten souffre de mes fractures, moi qui suis fragile et tremblant comme le cœur d’un enfant. J’aimerais m’endurcir, j’aimerais m’accrocher, mais je cours à toute vitesse sans pouvoir m’arrêter.

– Méfie-toi, petit cœur. À vouloir t’emballer, tu risques de laisser Petite Faten abîmée. Vois les choses en face : ce soir n’est qu’un orage, un mauvais jour, une épreuve, une tempête de passage… Les hommes sont ainsi faits. Dieu leur a donné la capacité de pardonner, le désir d’oublier.

»

Maman ouvre la porte et entre dans la chambre sur la pointe des pieds. Ses yeux rougis sont à court de larmes tandis que son souffle tremblant évoque la tristesse. La nuit la protège, le silence la trahit. Faten garde les yeux fermés pour éviter à Maman l’épreuve d’une conversation, mais Maman voit bien ses paupières tremblotantes. Comment n’aurait elle pas été réveillée par les mots durs et les voix blessantes.

Maman passe la main dans les cheveux de Faten. Ses doigts chauds l’apaisent, la paume douce de sa main vient envelopper sa joue. Un tendre baiser déposé sur le front de la petite enfant :

« Viens dans les bras de Maman, ma chérie. Viens vite me consoler. Tu es l’amour de ma vie, mon bonheur, ma fierté. J’irai au bout du monde pour toi, j’en reviendrai plus forte. J’endurerai toutes les souffrances et tous les sacrifices. Je veillerai ton sommeil, j’attendrai ton réveil. Je serai ta lune, tu seras mon soleil. Vivre dans ton ombre juste pour te voir briller, redoutant dans mon cœur l’heure de te quitter. Je te verrai grandir, je te verrai sourire. Je te verrai aimer et puis, un jour, partir. J’accepterai tes choix, je tairai mes tristesses, pour que tu sois heureuse, Faten, car tu es ma princesse. »

Ça y est, Faten s’est endormie dans les bras de Maman, la tête dans le creux de son cou, sa petite main accrochée au-dessus de son épaule. Maman écoute le souffle doux de Faten. Il apaise son cœur et lui fait réaliser pourquoi elle fait tout ça : l’amour d’une mère. Un amour tellement fort qu’il peut effacer toutes les tristesses. Un amour qui transforme des femmes en héroïnes du quotidien, anonymes, endurantes et patientes.

20 ans plus tard.

Faten est en face de son miroir. Demain elle se marie. Cette seconde, les yeux dans son propre regard, est l’un de ces moments qui définissent quelqu’un pour toujours. Pendant cette seconde, c’est Petite Faten qui apparaît dans la glace, une petite mèche de cheveux sauvages tombant sur un coin de son visage, ses émotions d’enfant parlant dans son regard intense, comme un livre qui ne sait dire que la vérité. Cet endroit étrange et imaginaire où se trouve Faten ressemble à celui où se cachent les acteurs des films quand on appuie sur pause. Une réalité parallèle où le temps est ralenti, où les événements se produisent selon une logique différente, où les sentiments de joie, de peur et de tristesse s’entremêlent et s’infiltrent au plus profond du cœur sans relâcher leur étreinte jusqu’au réveil, laissant après cela une trace diffuse que seul l’oubli vient effacer.

Dans ce monde, Faten revit son enfance. Des jours de rires et des jours de larmes.

Les jours de plage où le goût salé de la mer se mélangeait sur ses lèvres à celui du goûter. Les doigts palmés en sortant de l’eau.

Ces mots sur le cahier de texte en fin d’année où tout le monde trouvait qu’elle était la meilleure amie qui soit, où on se promettait de ne jamais se séparer, en rêvant d’amitiés éternelles sans savoir ce que « temps » veut dire. Des « i » à l’encre mauve ou turquoise qu’on chapeautait de cœurs maladroits.

Ce triste été où Papa s’en était allé sans jamais revenir. De lui ne sont restées que des chemises froissées dont Faten respirait le col à la recherche du parfum de son père perdu. Enfance désertée. La tête un peu ailleurs, le cœur au fond d’un gouffre, Faten avait relevé la tête, un jour de larmes après l’autre, sans faire de vagues, sans jamais accabler Maman.

Les matins où Maman la réveillait. Les soirs où elle la faisait pleurer de rire en lui racontant son enfance. Les nuits passées à son chevet. Les secrets de famille transmis assises sur le carrelage de la cuisine.

Puis les années de choix : les études, le travail …et aujourd’hui le mariage. Elle qui s’était promis de ne jamais tomber amoureuse s’est retrouvée bien désappointée le jour où un garçon au cœur sans fond lui a demandé de l’épouser. Elle avait beau lui chercher tous les défauts du monde, la vérité l’accablait : c’était un homme sincère, doux et attachant. Alors elle s’était mise à douter : peut-être qu’elle aussi avait le droit d’être heureuse et de fonder une famille. Peut-être qu’elle aussi avait le droit d’être aimée et protégée. Jusqu’à ce soir face à la petite fille au fond du miroir. Maman entre dans la pièce et s’adresse à elle :

« Petite fille comment t’appelles-tu ? Est-ce que tu me regardes comme je te vois ? Où te caches-tu depuis mes nuits sans rêves ?  Je t’ai vue grandir. Je te vois partir. Ne t’en vas jamais, jamais loin de moi.

Ne sois pas comme ces hommes et ces femmes qui ne sont que des lueurs furtives dans la vie des autres, comme des étoiles filantes qui brillent un instant pour aussitôt disparaître à jamais. Je me souviens de toi, Petite Faten. Je me souviens d’une enfant, le regard perdu dans le ciel, qui s’endormait en parlant aux étoiles. Étoile, tu l’es depuis que ton sourire rayonne, depuis que ton cœur pardonne, depuis que tu m’as appris à aimer. Aimée, je l’ai été dès la première fois où je t’ai prise dans mes bras, le sentiment d’être importante, la reconnaissance d’être au moins née pour toi. Toi, qui t’apprêtes à fonder une famille, tu as beau être une femme, tu resteras ma petite fille. »

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