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Condition de la femme, cas pratique n°4 – Ce weekend, je garde les enfants

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Cr Hailey

 

Ce weekend, tu as promis à ton épouse de t’occuper des enfants et de la maison.

Soit.

Elle le fait tout le reste de l’année pendant que tu passes ta vie dans les aéroports mais, bizarrement, tu sembles plus apte à guerroyer en territoire hostile qu’à jouer au jeu de l’oie, entre deux bagarres opposant poupées scalpées et robots unijambistes.

Après avoir fait semblant d’avoir mal au crâne, puis fomenté une mutinerie parmi les troupes avant de tenter, l’espoir autoalimenté te faisant surestimer tes chances de réussite, de la prendre par les sentiments pour finalement, comme à ton habitude, finir par ton air tristounet mode 2.0… elle t’assène, sans laisser paraître la moindre hésitation sur son visage ironique :

« Tu sais, peut être que tu devrais y aller à ma place… Après tout, c’est vraiment un cours génial et vu que je suis absente tout le temps pour des trucs tous plus importants les uns que les autres, c’est peut-être l’occasion que tu t’accordes un moment de répit bien mérité. Tu ne crois pas ? Après tout mon chéri c’est très dur pour toi de voyager sans arrêt autour du monde… »

Où est-ce qu’elle va ? Au premier cours d’Al Kauthar donné par Chakil Omarjee. Tu sais, c’est ce fameux institut qui donne des séminaires sur un week-end auxquels tout le monde veut aller.

Là, bien sûr, tu hésites entre la honte et la culpabilité, te lançant intérieurement dans un de ces débats fictifs que tu affectionnes où, après de vifs échanges avec toi-même, tu finis par te trouver quelques raisons (une suffit) d’être toujours aussi égoïste.

Toujours aux prises avec ton for intérieur, et encore somnolent à en juger les décorations qu’ont imprimé les draps sur ta figure, tu entends au loin le bruit des clés dans la porte semblant dire « au revoir et bonne chance pour cette journée de foliiiiiie… ». Tu balbuties :

« Chérie tu as raison, je crois que je vais y aller à ta place ! »

Trop tard: le bruit sourd que tu entends est celui de l’ascenseur déjà arrivé à destination… en bas de l’immeuble. Te voilà (presque) seul.

Là tu reposes la tête sur l’oreiller. Nous sommes samedi et il est 7 heures et 54 minutes, ce qui veut dire que dans moins de 60 secondes, ce qu’il reste de ton dos va se transformer en trampoline, tes oreilles en commandes de pilotage et ton nez en manche à balai pour avion sans permis, lorsque 1 puis 2 puis 3 pirates de l’air se jetteront sur toi.

8h15. Tu ramasses ce qu’il reste de toi en te traînant par le col de ton pyjama jusqu’au salon où, déjà, les forces hostiles ont établi leur campement et fait des provisions pour tenir le siège. L’une tient un sabre laser de Dark Vador à la main en matraquant son frère, lui même poursuivant imperturbablement son inventaire des vivres rassemblés, prenant son autre sœur pour assistante et lui faisant tout recompter à chaque fois…

Manifestement, cette horde de petits filous n’a pas l’intention de sortir le drapeau blanc. Sans broncher, tu fais demi-tour et te replies vers ta chambre où tu prépares la contre-attaque : un gros blouson à capuche, deux oreillers bien molletonnés, caché sous la couette et faisant mine d’être endormi, laissant les adversaires s’approcher à pas feutrés avant de bondir sur eux une fois à ta portée… Bim, splash, boum. Sans la moindre pitié, tu fais une clé de bras à ton fils tout en mordant les autres, improvisant un nouvel art martial, le Papa Fu style.

10h21 Ton épouse t’appelle pendant que tu es en pleine action en train de massacrer les mômes.

Elle : Ca va ? Tout va bien ?

Toi : Oui, oui, chuper ! (regard qui tue aux petits pour qu’ils gardent le silence…) Et toi ça va ?

Elle : Tu peux pas savoir, c’est trooooop bien. Vous faites quoi, là ?

Toi : Là ? Bah en fait on est dans le lit en train de jouer (à WWF Ultimate Smackdown, live) avec les loulous. Ils sont très sages…

Elle : Sages ? 10h21 ? Samedi ? Hmmm… Ok. Bon, je file, bisous à ce soir.

Là-dessus, coup de la corde à linge sur la dernière qui était en train de te ravager le bras avec ses deux nouvelles dents. Les autres arrivent en renfort. Armés.

11h03 Bien sûr les petits ont gagné et t’ont laissé dans un état lamentable. Tu les consignes dans leur chambre pour commencer à ranger.

11h04 Papa, on joue?

11h05 Papa, on s’ennuiiiiiie.

11h06 Dis papa, tous les meubles que t’as achetés, on peut les construire avec toi ?

 

A ce moment précis de l’histoire, tu réalises qu’il n’y a qu’une personne capable de te sortir de là… ton père. Tu sais aussi que ça va te coûter très cher en contrepartie et que tu vas tout simplement te faire “dé-chi-rer” pour être allé à Ikea sans avoir fait un stop réglementaire chez tes parents.

Plan B, tu enclenches le mode « Warrior » et te lances sans hésiter dans le montage du meuble B316 de la bibliothèque Ekschprung, version Kunkst 2012.

Bien sûr, tu as jeté la notice et bien sûr, le seul tournevis qu’il te faut est aux abonnés absents, caché au fond de la boîte à outils que tu as soigneusement achetée à grands frais pour le seul jour où tu en aurais besoin (« au moins, c’est fait, j’ai définitivement réglé le problème de la boîte à outils. Me voici aussi prêt à bricoler que possible »). Sauf que bien sûr, dans l’un de tes accès de génie, tu as veillé à ranger ladite boîte tout au fond de la cave, sous tous les cartons qui se sont depuis entassés jusqu’au seuil de la porte. Donc bien sûr, tu improvises de visser les fixations avec un couteau de cuisine (qui finit tordu mais tu régleras ça plus tard), tout cela sous les attaques répétées des intermittents du spectacle enfantin qui te nomment Papa et s’octroient le droit, sans le moindre préavis, de te sauter sur le dos pile au moment où tu essaies de faire preuve de précision, une vis dans une main et une clé à molette dans l’autre (ne demande pas…), soit toutes les 7 minutes en moyenne, si bien que tu peux compter la fréquence de leurs élans au nombre de perforations sur tes doigts…

16h02 Ouf, voilà le meuble monté. Les mauvaises langues diront que la porte du bas est bancale, que sur le fond tu as mis les clous de travers et que oh comme c’est bizarre, la bibliothèque passe de manière cyclique d’une forme trapézoïdale à la suivante…mais bon, au moins c’est fait.

Une goutte de sueur perle sur ton front (dans la version glamour, parce qu’en vérité t’es en chiffon de parterre, là…), tandis que tu portes au loin le regard de l’homme fier du devoir accompli. Quand soudain la réalité te rattrape :

16h03 Papa, on a faiiiiiiiim…

 

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