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Condition de la femme : cas pratique numéro 2

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Samedi. 18h23. Ikea.

En moins d’une demi ligne, tu sais déjà que c’est la misère. Durant les trois dernières heures, tu as traversé une crise de niveau 5 pour arriver jusque-là. Face à la queue qui entoure le parking, impossible de reculer.

Remontons quelques heures dans le temps jusqu’au moment où tout a commencé :

De mauvais poil pour une histoire de polochon, tu acceptes finalement de changer l’ampoule de la salle de bain, après avoir trouvé quinze excuses les semaines passées pour y échapper. C’est en manquant de t’enfoncer la brosse à dents dans l’œil que tu réalises que oui, les ampoules grillées méritent d’être changées et non, vraiment non, l’œil de l’homme n’est pas plus performant dans les conditions extrêmes que celui de la femme.

Après avoir réalisé que tu n’as pas les bonnes ampoules, essayé en vain de fixer des ampoules avec un embout différent, t’être électrocuté à 2 reprises en oubliant d’éteindre l’interrupteur (au moins maintenant tu es réveillé), tu te résous finalement à aller acheter les bonnes ampoules.

Deux minutes plus tard, te voilà habillé : ton jean par dessus ton pantalon de pyjama, chaussures sans chaussettes et t-shirt débraillé qui dépasse sous ta veste. Parfait.

Là dessus ta femme commence à te regarder de travers :

« T’as craqué ? Tu vas où comme ça ? »

Toi, plein d’assurance, t’attendant à être félicité :

« Bah je vais chercher des ampoules pour changer celles de la salle de bain. Tu as raison, ça fait trop longtemps que je dois m’en occuper. J’y vais… »

Elle :

« Mais c’est le weekend, on devait sortir faire quelque chose en famille !!! »

Toi, qui vois la catastrophe venir sans pouvoir l’esquiver :

« D’accord, qu’est ce que tu veux faire chérie ? »

Là, tu sais que tu t’es mis dans une galère sans nom en posant une question ouverte. Elle, machiavélique et sûre de son plan :

« Bah écoute c’est comme tu veux, soit on va chez ma maman il y aura toute ma famille, soit on peut aller à Ikea comme ça tu peux acheter les ampoules… »

Il suffira de dire que tu as opté pour l’excursion en Laponie décorative. Mal t’en a pris malheureux, si tu savais ce qui t’attend (et aussi ceux qui t’attendent).

Donc :

Après avoir pris le temps de t’habiller correctement, attendu que ton épouse fasse de même, ce qui, va savoir pourquoi, prend 10 fois plus longtemps que toi, puis réveillé les enfants qui s’étaient endormi depuis puisque, rappelle toi, ils sont debout (sur toi) depuis 6h du matin, les avoir préparés, être allé chercher la voiture qui, bien sur, a été décorée dans la nuit d’une n-ième contravention, attaché les enfants dans leur siège, tandis que le premier d’entre eux a déjà défait sa ceinture…te voici sur la route où, apparemment, toutes les familles d’Ile de France chérissent le même projet que toi.

Sur le périphérique, il en va de même qu’à la caisse du supermarché : c’est TOUJOURS la file dans laquelle tu te trouves qui est la plus lente. C’est le théorème numéro 1 du Code de la Route pour Papa Furax. Le deuxième théorème s’énonce comme suit : tout conducteur sur la route n’a qu’un seul objectif dans la vie : passer devant toi. Soit.

Après avoir eu touuuuuut le temps nécessaire pour vérifier ces deux théorème, te voici enfin dans la queue pour rentrer au parking d’Ikea.

Toi tu ne penses qu’à un truc : PARKING – AMPOULES – CAISSE !!!

A peine rentré dans le magasin, toute ta famille se rend au hall d’exposition pour suivre touuuuut le parcours commercial à travers les salons, chambres, cuisines, salles de bain, mobilier de bureau, etc.

Au passage, ta femme a rajouté dans le caddie des housses de couette (destinées, tu le sais déjà, à hanter le placard pour toujours), les assiettes qu’elle voulait, des peluches pour les gosses, des articles en promo vite avant qu’on rate la bonne affaire, tandis que tu cours après les mômes qui s’évadent comme des fugitifs un jour de portes ouvertes à Alcatraz. Bref, tout se déroule exactement comme prévu.

Enfin à la caisse, tu payes. NON tu n’as pas la carte Ikea. NON tu ne veux pas de sacs payant qui coûtent 60 centimes et NON et reNON, tu ne veux pas participer à l’enquête du mois qui te permettra de savoir quelle cuisine te correspond le mieux.

Ouf. Ca c’est fait.

Tout le monde dans la voiture, tu jettes tous les trucs dans le coffre à l’arrache puisque tu n’as pas voulu acheter de sacs. Tu te mets dans ton siège et tu fonces vers la sortie. Là, tu observes les paumés qui sont encore en train de faire la queue pour rentrer dans le parking, avec le sentiment de la victoire et du triomphe que procure la mission accomplie. Le sourire condescendant, tu les regardes en accélérant pour les narguer… Quand soudain, alors que tu t’engages sur la bretelle d’autoroute, sur le chemin du retour, une furtive pensée traverse ton esprit pour se transformer en choc psychologique dévastateur :

« NOOOOON !!! ON A OUBLIE LES AMPOULES !!! »

Morale : ELLE a toujours raison, même quand elle ne dit rien et TU ne devrais jamais poser de questions ouvertes.

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Condition de la femme : cas pratique numéro 1

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Tu connais ces matins où ça veut pas ? Moi j’en ai trop des matins comme ça. Attaque en règle des mômes qui lancent une offensive dans ton lit. À peine finalement endormis que le premier d’entre eux est réveillé. Court à fond dans le couloir, monte sur le lit, te piétine sans pitié avant de prononcer dans ton oreille les mots que tu redoutais :

« Papaaaaaaa on peut jouer ? »

Toi, gentil :

« Oui oui retourne dans ta chambre pour l’instant et on verra plus tard… arrrrff »

Tu crois avoir gagné quelques minutes, mais c’est sans compter sur le reste de la bande qui débarque en renfort. À cinq dans le lit, les petits te secouent et te font des bisous (genre « oublies pas qu’on t’aime papa !!!! »). Toi tu fais le mort, en espérant que ta femme se lève à ta place, tandis qu’elle fait pareil de son côté.

Tu as beau faire semblant de ronfler. Rien n’y fait.

Las, tu finis par te traîner lamentablement dans le salon, poussé par les enfants, avant de finalement t’affaler dans le canapé, éreinté d’un long périple qui, en termes cliniques, s’apparenterait plus au baveux transfert latéral d’un gastéropode (un escargot, avant que tu demandes) qu’à une marche humaine. À ce stade de ta journée, le déplacement d’un point A (dodo) à un point B (léthargie primaire) constitue pour toi un progrès majeur. Dans la dernière phrase, « majeur » est le mot important.

Chahuté par les petits, qui se sont mis de part et d’autre de ce qui, les secousses t’aident à t’en rendre compte, semble être ton corps, tu finis par entrouvrir les yeux pour voir se profiler, à quelques mètres de toi, celle qui vient te sauver de tes tourments : la télécommande.

Dans ta tête le plan est clair : tu allumes la télé, zappes jusqu’à trouver un programme qui les anesthésie, les colles tous devant l’écran, t’éclipses en scred pour te replier vers la chambre où tu pourras te remettre en mode camouflage sous la couette et dormir jusqu’à en avoir mal à la tête. Parfait. Encore étonné de la fulgurance de ton idée (qui, tu dois au moins te l’avouer à toi même, est la même chaque jour de grasse-mat’ théorique), tu es surpris par ce petit pincement amer, juste là derrière ton oreille droite. C’est ta conscience.

Ça et aussi le fait qu’après avoir lu TV Lobotomie (que tu dois chroniquer depuis des semaines pour FoulExpress.com), tu réalises qu’il serait criminel de mettre des enfants devant une télé juste pour t’en débarrasser ce qui, pour quelqu’un qui a passé sa vie à attendre d’être papa, représente un affligeant paradoxe. Les paradoxes, rappelle-toi, c’est l’un des écueils  contre lesquels est censé te prémunir ton esprit (que tu crois) rationnel. Dans ton cas, ce dernier qualificatif s’applique plutôt à ta capacité à découper les plats en rations égales, sauf la tienne qui finit toujours plus grosse que celle des autres (mais ça c’est une autre histoire…).

Il faut dire aussi que les perturbations d’ordre quasi sismiques que t’infligent tes enfants (passés en quelques secondes du mode « Ricky ou la belle vie » à la position « Mowgli, enfant de la jungle ») ne t’aident pas à réfléchir.

Tu décides alors de lancer le plan B : réveiller ta femme, façon traître :

« les enfants, venez on va câliner mamaaaaaan !!!! »

Les gosses, à cheval sur la malheureuse :

« Maman on t’aime !! Maman on t’aime !! Mamaaaaaaaaaaan ! »

Elle :

« Grrrrrrrrr… »

Pendant ce temps tu essaies de faire genre, pour masquer ton infamie :

« Doucement les enfants, maman est encore un peu fatiguée, aidez la à se réveiller avec des bisous. »

Tandis que tu te glisse furtivement sous un coin de la couette en direction de l’extrémité Nord-Ouest du lit où, une fois positionné, tu restes tapi comme un castor prêt à hiberner, tu entends venir une espèce de bruit sourd avant un grand PAFF !!! Cette mélodie tu ne la connais que trop bien : c’est celle que joue le polochon renforcé de ton épouse avant de venir s’écraser violemment sur ta figure. Tu avoueras que tu l’as bien cherché.

Encore dans les prairies et verts pâturages de KOland (une destination classiquement desservie par Air Clubber Lang), tu entends ta femme te dire à l’oreille ces mots doux :

« Merci chéri. Maintenant qu’on est tous réveillés, tu peux aller chercher le pain. »

La tête de travers, le dos en vrac, tu retrouves cette sensation récurrente à chaque fois que tu te risques à t’attaquer à ton épouse : l’humiliation de la défaite…

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