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Tragédie grecque

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Trop c’est trop. C’est ce que disent les citoyens grecs aujourd’hui dans la rue. On leur a demandé de faire des sacrifices. Ils ont serré les dents et la ceinture. Maintenant ils serrent les poings. On impose à un peuple un mode de vie qu’il ne supporte plus. On détruit les espoirs d’une jeunesse pour payer des erreurs qu’ils n’ont pas faites. On les pousse à toujours plus de sacrifices sans la moindre considération. On annonce l’austérité comme la solution à une crise que le peuple grec n’a pas causé.

Pourquoi ?

Parce qu’un dispensé de sport dans une agence de notation a décrété que non, vraiment non, la Grèce n’est pas en bonne santé financière et que sa note de crédit doit être revue à la baisse.

Qu’est ce que c’est qu’une note de crédit ?

Bonne question. C’est comme quand quelqu’un va à la banque pour louer de l’argent (oui, on ne dit pas « emprunter », sinon ça serait gratuit…). La banque demande alors le paiement d’intérêts qui sont proportionnels au risque de ne pas être remboursée. Donc plus le client est pauvre, plus il est en difficulté financière, plus il doit payer cher. Comme tu le vois, la finance a une certaine logique. C’est cette même logique qui a maintenu pendant des décennies l’Afrique dans un état de soumission économique aux pays anciennement coloniaux.

Dans le cas d’une grande entreprise ou d’un pays, les agences de notation sont chargées d’évaluer la « solvabilité » en mesurant le risque de faillite du pays ou de l’entreprise. Plus ce risque est grand, plus la note est mauvaise. Le seul problème, c’est que plus la note est mauvaise, plus le taux d’emprunt est élevé, plus la situation se dégrade, plus le risque est grand…Les agences de notation sont donc des oracles de mauvais augure dont le pouvoir d’influence sur les marchés financiers est tel que leurs prophéties s’auto-réalisent. Ils créent les phénomènes autant qu’ils les déplorent. La dégradation d’une note de crédit pour un pays en difficulté précipite sa chute.

La note d’un pays n’est pas sans rapport avec la santé réelle de son économie, ce qui fait qu’un analyste de chez Moody’s ou Standard & Poors ne peut pas « inventer » une note sortie de son chapeau, mais il y a une marge de manœuvre entre les données dont il dispose et l’analyse qu’il en fait. Ainsi, les mêmes chiffres comptables n’aboutiront pas à la même note selon qu’on est l’Espagne, la France ou la Suisse.

Pis, il existe une asymétrie dans la position de l’analyste en fonction qu’il évalue un état en bonne ou en mauvaise santé : en effet, si un pays est dans une situation difficile, pronostiquer une dégradation est un moindre risque par rapport à l’espérance que sa situation s’améliore, puisqu’on participe à sa dégradation dès le moment où on l’anticipe. De la même façon, il peut être difficile pour un analyste de pronostiquer la faillite de la France pour voir l’année suivante, médusé devant son écran, Société Générale et BNP faire des profits record. Ça et aussi le fait que d’un poste d’analyste dans une agence de notation à un poste d’analyste dans une banque, il n’y a qu’un pas. On fréquente les mêmes écoles, les mêmes conférences, parfois le même concessionnaire Porsche. Dis moi de quelle monnaie tu te paies et je te dirai de quelle indépendance tu disposes.Une banque se remet d’une crise en un an. Un pays en dix.

L’austérité n’est jamais une solution à une crise de crédit. Elle limite les dépenses de l’Etat et brime l’économie réelle, donc la création d’emplois et le développement, ce qui aggrave la dépendance des ménages au crédit ainsi que celle de l’Etat, dégradant ainsi la situation encore plus… Personne ne remet en cause le crédit. Personne ne remet en cause le système de notation et sa portée. Voilà ainsi dans quelle boucle notre système financier moderne évolue : un peuple entier doit subir au quotidien les conséquences d’une note sur un rapport, imprimé sur papier de qualité et estampillé de la marque de la crédibilité. Celle de l’expertise qui se paye sans délais, livrée par des gourous qui croient prédire l’avenir sans être capable de voir le mur qui se dresse au bout de leur nez. Derrière les chiffres il y a des hommes, des vies, des espoirs et des projets. Les mêmes qui étaient incapables de voir venir la crise financière de 2008 continuent à dicter au monde ce que sera demain. Sans honte et sans tremblement.

Et si ce qui se passe en Grèce était l’avant-goût d’une révolution économique ?

Et si les gens dans la rue trouvaient dans leur contestation le moyen de relever la tête face à une injustice devenue insupportable ? La Grèce est différente de la Tunisie ou de l’Egypte, mais l’exaspération du peuple y est tout aussi palpable qu’à la veille des révolutions arabes. La dictature n’y est pas le fait de despotes postichés élus par suffrage unipersonnel. Elle est économique. Les bourreaux portent des costumes et poignardent le peuple avec des stylos estampillés FMI. Ils prêchent la bonne parole, celle qui fait grimper les cours et décliner les cœurs. Glacé, leur papier l’est autant que leur sang. Les geôliers sont les forces de l’ordre, comme des bœufs inconscients d’aller eux-mêmes à l’abattoir. Ils essaient de contenir la foule sans entendre la justesse de leur cause.

Car si des grecs abandonnent aujourd’hui leur famille et leur travail pour descendre dans les rues, ce n’est pas pour demander un augmentation du salaire qu’ils n’ont pas, mais pour réclamer, comme chaque homme en a le devoir, que leur dignité soit respectée.

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