Browsing Tag

POLITIQUE

Articles, Débats, Ecologie,

Réacteurs nucléaires: jusqu’ici tout va bien…

9 comments

C’est l’histoire d’une société menacée par une apocalypse nucléaire et qui se répète, comme pour se rassurer : Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici …tout va bien. Mais ce qu’on ne réalise pas, c’est que cette attente est déjà une apocalypse en soi. Elle révèle à quel point nos pays sont dépendants du nucléaire (…)

Articles, Débats, Politique,

Ma réponse aux (nombreux) commentaires sur rue89

16 comments

Je pense que cette discussion est d’utilité publique. A l’heure où ce pays traverse une page peu lumineuse de son histoire, je crois qu’il y a de franches disputes qui sont salutaires. Celle-ci, il me semble, en fait partie. Quand je parle de pages sombres de l’histoire, je ne fais pas seulement référence à la situation des musulmans et des autres minorités, qui ne sont que des composantes de ce pays parmi d’autres (même si certaines sont souvent mises, pour des raisons plus ou moins louables, au centre de l’objectif). Il y a comme quelque chose de cassé en France, où le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes, où la consommation d’antidépresseurs atteint des records, où le cynisme des politiques et une forme d’individualisme décomplexé font que notre pays détruit plus de lien entre nous qu’il n’en crée ce qui est, je pense, l’un des symptômes d’une société en déclin. C’est, au minimum, notre responsabilité de faire en sorte que ça change et c’est, au minimum, pour cela que je reste.

A ceux qui me demandent pourquoi le ton de mes textes est incisif, je dis qu’il n’est qu’une réaction à l’hostilité ambiante et à l’atmosphère délétère qui nous entoure. 

A ceux qui me reprochent de parler de manière revendicative du droit d’existence de l’Islam en France, je rappelle qu’on tend rarement le micro aux musulman(e)s pour parler de solidarité ou de développement durable, deux sujets sur lesquels ils auraient pourtant beaucoup de choses à dire.

Dans les lignes qui suivent, j’essaie d’apporter les réponses les plus franches possibles à nombre des questions et critiques qui ont été adressées par les lecteurs. L’exercice est en général périlleux, car souvent on vient pour affirmer plus que pour entendre. Quoi qu’il en soit, plutôt que de répondre au lance flammes (ce qui, vu la teneur de certains des commentaires, n’a pas manqué de traverser mon mince –mais génétiquement vindicatif- esprit), je préfère avoir recours à un extincteur et à un dictionnaire pour vous faire part de mes idées. 

Sur la laïcité, la visibilité de l’Islam et la pratique de la religion

La laïcité, telle que définie par la loi française, s’applique aux services publics et à l’état. Elle ne s’applique pas à l’espace public. La laïcité n’est pas une interdiction de visibilité des religions dans l’espace public. Elle n’est pas un droit de bannir toute expression religieuse qui déplairait aux yeux d’une frange de nos concitoyens pour qui l’athéisme est vécu comme un acte de foi se nourrissant de la négation de celle des autres. Elle ne doit pas être détournée pour dissimuler, sous couvert d’un appel à des valeurs prétendument républicaine, une haine de ceux qui souhaitent exprimer de manière visible leur religion.

On a l’impression que le simple fait de porter un foulard ou une barbe est déjà perçu comme le geste de trop : « cachez cet Islam que je ne saurais voir !! » semblent indiquer des regards dépités et des soupirs désapprobateurs. Comme le tampon de modération, celui de l’ostentation est apposé à toute image qui déplairait. C’est pourtant un droit fondamental de choisir les formes d’expression de notre foi.

Donc non, l’expression religieuse ne doit pas être cantonnée à l’espace privé des individus. Ils ont le droit, comme ils le veulent, de l’affirmer dans la sphère publique tant qu’ils ne contreviennent pas aux lois républicaines. C’est le respect strict de ces lois que j’exige et tout républicain qui respecte un minimum les fondations de ce pays devrait me soutenir dans cette démarche. 

Concernant la pratique de l’Islam, et pour faire référence à l’accomplissement de la prière, il y a également bon nombre de malentendus. Alors oui, je sais bien que vu l’imaginaire collectif que construisent les séries télés et les films, ouuh comme ça fait peur un musulman qui se prosterne sur une pelouse… pourtant, s’agissant de l’espace public, chaque citoyen est libre de faire ce qu’il veut. Je dis une prière comme un passant dirait un poème. Je me prosterne comme quelqu’un d’autre ferait sa gymnastique, même si la signification et l’importance que cela revêt pour moi est intense. L’accomplissement d’un tel acte n’est aucunement assimilable à du prosélytisme. Donc sur ce point aussi, la loi est claire.

Il y a donc dans notre pays un cadre juridique, fruit de longs combats, qui garantit la neutralité des pouvoirs publics en matière de religion et la libre expression de leur foi par les citoyens. Il s’agirait maintenant d’en prendre connaissance et de faire la différence entre respect de la laïcité dans les instances publiques et négation partisane de l’expression religieuse. Connaître ce genre de lois, c’est un peu un smic républicain…

Sur la citoyenneté et la définition de l’identité française

Etre citoyen français, c’est disposer d’un document précisant que l’on est de nationalité française et que, à ce titre, on respecte les lois et bénéficie des droits qu’offre ce pays. Nulle part il n’est dit que je dois être solidaire de l’action menée par ce pays. Au contraire, je serais un piètre citoyen si je ne mettais pas en garde mes frères (rappelez vous de notre devise) contre les dérives qui menacent notre unité.

En même temps c’est un lien puissant de se dire qu’on vit ensemble, que nos enfants vont grandir ensemble et, pour la plupart, partager leur futur ensemble. Ca devrait nous faire ressentir la responsabilité de créer un cadre où chacun peut vivre sans avoir perpétuellement le sentiment d’être sur un strapontin, guetté par les contrôleurs d’une sombre identité.

Plusieurs lecteurs me demandent mon avis sur la situation des « pays musulmans ».

J’ai envie de répondre : Je ne sais pas trop, je vis ici. C’est quoi un « pays musulman » ? Et en quelle qualité pourrais-je m’exprimer sur ce sujet ? Est-ce en lien avec ma prise de position dans la tribune que Rue89 publie ?

Les musulmans de nationalité Française n’ont pas toujours de lien automatique avec un pays d’origine, ce qui d’ailleurs rend absurde la déchéance de nationalité. Par ailleurs, si vous faites référence aux pays arabes, la plupart d’entre eux sont des régimes autoritaires qui briment leurs citoyens, encore plus s’ils affirment leur religion, ce qui est souvent utilisé par les islamophobes comme un argument pour dire « Voyez ? Zêtes mieux traités ici alors la ramenez pas… ».

Il est également utile de préciser que si 90% des arabes sont des musulmans, 90% des musulmans ne sont pas des arabes. Ca permet de mettre en perspective les amalgames qui sont souvent faits entre religion, groupe ethnique/culturel et citoyenneté.

Me concernant, je pense que nous définissons tous l’identité française à notre façon. Elle est une mosaïque aux millions de facettes et pas un bloc monolithique, grisâtre et figé. Il est important aussi de préciser l’idée d’identité multiple : chacun d’entre nous ne se définit pas par une seule chose. Certains penchent plus pour leur emploi, d’autres pour leur drapeau, d’autre pour la passion qui les anime. Ces diverses parts de ce que nous sommes ne sont pas mutuellement exclusives, mais mutuellement enrichissantes.

Me concernant, je me sens français dans mon langage et mon sens de l’humour, ma capacité à râler en faisant la queue à la station d’essence, rire aux mêmes blagues des Inconnus, chanter les mêmes génériques pourris de dessins animés des années 80, me plaindre au restaurant, parler de sauver l’environnement en rêvant de conduire une Porsche et penser que demain ça sera pire mais que c’est de la faute des autres… 

Je suis Musulman, je suis égyptien dans mon lien à la terre de mes origines, algérien dans mes crises de nerfs, indien dans ma cuisine, américain dans mes baskets, japonais dans mon imaginaire d’enfant et je me porte très bien comme ça.

Et vous, qu’est ce qui vous définit ?

J’aimerais également revenir sur une expression qui revient souvent dans la bouche de chroniqueurs et de penseurs (ce dernier qualificatif reste à prouver) dont je ne citerai pas le nom ici pour ne pas faire affront aux lecteurs ni salir mon clavier, vu qu’il me reste encore quelques lignes à écrire : « A Rome, fais comme les Romains. »

Cette phrase, hymne à l’assimilation sans condition, dit plusieurs chose à celui à qui on l’adresse :

–       Là, tout de suite, tu n’es pas Romain

–       tu fais comme les autres, point

–       non au changement et surtout tu touches à rien

–       les Romains ont raison

–       …

Donc non, je ne ferai pas comme les Romains. Quand ON est citoyen d’un pays, ON définit autant que les autres ce qui fait l’identité de ce pays. Quand ON est en désaccord avec la politique de notre pays, ON l’exprime et on fait ce qu’ON peut pour la changer. Quand ON regarde rétrospectivement l’histoire de notre pays, ON a le droit de dire qu’il y a des passages qu’ON aime moins que d’autres et d’en tirer les conséquences pour le futur. C’est l’effort collectif des citoyens qui crée le changement.

Sur la méthodologie, les sondages et le discours médiatique

Concernant le sondage du Figaro que je commente à la fin de ma tribune, il y a une tournure qui est imprécise stricto senso. Quand je dis « 76% des Français… » je devrais plutôt utiliser l’expression « 76% des Français qui se sont exprimés dans ce sondage… ». Les conclusions que j’en tire sont pourtant justifiées. Preuve en est la misère des collectes des ONGs en faveur des sinistrés au Pakistan (300 euros pour la Fondation de France). Si l’échantillon des avis exprimés est biaisé en ce qu’il est le reflet du lectorat web du Figaro, les collectes sont recensées sans distinction d’appartenance à un groupe politique particulier.

Les biais dans les statistiques et les sondages peuvent venir de la manière dont l’échantillon est formé, de la date à laquelle le sondage est fait, de la manière dont la question est posée, de la méthodologie utilisée pour recenser les réponses, etc

Ces biais laissent une certaine marge de manœuvre aux instituts de sondage et à leurs commanditaires pour construire une analyse dans une direction plutôt qu’une autre, mais ne peuvent pas expliquer une telle asymétrie dans les résultats quand l’échantillon est plus nuancé, ce qui est le cas du lectorat du Figaro qui, certes, est plutôt à droite, mais pas dans ces proportions. Ensuite, la question posée invitait les gens sur un sentiment et pas sur un engagement de don, ce qui veut dire que l’état réel de l’opinion est sous évalué, les gens s’exprimant en général plus philanthropes qu’ils ne le sont réellement.

Le cas de ce sondage est intéressant à bien des égards, car il permet de déconstruire la manière dont l’empathie s’exprime. Plusieurs remarques pertinentes ont été faites dans les commentaires à ce sujet :

–       “On donne de préférence à ceux pour qui on a de la sympathie”

Très bien. Dans ce cas, qu’est ce qui fait qu’on a plus de sympathie pour les Haïtiens que pour les Pakistanais ? (ou plutôt moins de sympathie pour les Pakistanais)

Je pense que c’est l’Islam et l’association aux talibans. La manière dont le discours médiatique est construit autour des talibans et de leur supposée connivence avec les Pakistanais est ce qu’on appelle un épouvantail. Un tel dispositif permet de jouer sur les peurs des citoyens occidentaux vis-à-vis de ce qui est qualifié de « nébuleuse » et qui mêle, dans un monde imaginaire de peurs ressenties : terrorisme, pouvoir religieux et pratique rigoriste de l’Islam. C’est ce qu’alimentent en permanence les séries tv mettant en scène des luttes anti-terrorisme sous alerte permanente, ainsi que des reportages d’info-spectacle reprenant la même rhétorique.

Ces peurs sont ensuite utilisées pour exiger de nous, citoyens, l’acceptation de renoncer à toujours plus de libertés pour retrouver un sentiment de sécurité.

Plus proche de chez nous, notez comme le mot « burka » a été introduit dans le débat sur le voile intégral pour convoquer ce sentiment de crainte et de rejet vis-à-vis du monde des talibans. Je n’ai personnellement jamais vu la moindre burka en France. Et vous ?

Dans leur malheur, les Pakistanais peuvent en vouloir à ceux qui les ont déshumanisés dans notre imaginaire au point que leur désastre ne soit pas chez nous une cause populaire, Jack Bauer en première ligne.

–       “Les collectes pour le tsunami ont été massives, alors que les zones touchées comptaient de nombreux musulmans.”

C’est que, comme le notait un lecteur, l’image des Indonésiens n’est pas celle des Pakistanais. Par ailleurs, le thème de collecte à l’époque était centré autour de plusieurs pays, notamment la Thaïllande et le Sri Lanka et a permis de plus facilement sensibiliser les Français à cette cause.

J’avoue que c’est insupportable de comparer ces malheurs les uns avec les autres. Une vie humaine vaut la même chose, où qu’elle soit et c’est par manque de connaissance de l’autre qu’on perd le minimum d’empathie qui nous ferait réaliser que les mamans et les enfants (et leurs papas, barbus ou non) du Pakistan ont besoin de nous, là tout de suite.

De manière plus générale, sur les mécanismes de l’empathie, il y a beaucoup de choses à dire mais qui seraient injustement traitées par un simple survol.

Ce que je dis

Je dis que nous vivons une période difficile de notre histoire où plusieurs lignes de fracture apparaissent dans notre société : l’islamophobie grandissante, l’aggravation des inégalités dans la distribution des richesses, la détérioration du lien social et la perte d’espoir de plus en plus visible chez les jeunes.  

Il y a une profonde incompréhension et une méconnaissance de l’autre, qu’il faut résoudre par un dialogue dépassionné et un respect de l’autre, qui commence par une acceptation inconditionnelle de ce qu’il est, quelle que soit sa tenue, sa religion, ses idées. Quand on parle d’islamophobie, il ne faut plus faire comme si ça n’existait pas. C’est sur notre sol qu’on mitraille des mosquées et qu’on lacère au cutter des femmes qui portent le foulard.

Ensuite, nous traversons une crise morale : les gouvernants et ceux qui nous proposent de les suivre ne se comportent pas comme des modèles. Ils sont aux antipodes des valeurs qu’ils disent défendre. Quand un ministre condamné pour injure raciale nous parle de légitimité, quand le héraut de la transparence fiscale se retrouve au cœur d’un scandale financier, quand un président flambeur nous parle de république irréprochable et économe, on sait qu’il n’y a plus grand-chose à espérer d’eux.

Jamais le fait politique n’a été aussi fort dans notre société, c’est-à-dire l’espoir que l’action collective puisse améliorer la situation de notre pays. Pourtant, jamais on a eu si peu confiance dans les politiques pour participer à cette tâche.

Ce n’est pas si grave, c’est nous les citoyens et il y a tant de moyens d’actions pour changer les choses dans notre vie de tous les jours, à commencer par cette discussion si on en tire des enseignements réels.

Enfin, il y a une crise socio-économique : je mêle les deux car je pense que le lien social qui nous unit pâtit du modèle dans lequel nous vivons depuis que notre sort est dicté par des mécanismes purement économiques. J’ai consacré (en partie) mon livre à ça donc j’ai (pour un prochain article) ma petite idée là dessus. Nous vivons toujours plus proches les uns des autres, pourtant la distance entre nous ne cesse de s’agrandir. On n’a jamais autant eu envie de changer le monde, pourtant on se sent impuissants face à un système qui clame son inéluctabilité. Est-ce qu’il n’y a qu’à moi que ça pose problème ?

Si, comme l’un des commentateurs le notait, la stratégie de ceux qui nous gouvernent est de diviser pour mieux régner, alors à nous de les faire mentir.

Il est temps de poser les vraies questions.

 

réponse postée sur: rue89_logo

Articles, Fictions,

Princesse Leïla contre Dark Chador

16 comments

darkchador

 

Dans les épisodes précédents (L’Ordre de la Sombre Identité et Le Retour du Sombre Ordre), nous avions parlé d’une planète d’une galaxie très éloignée où se trouvait un petit pays hexagonal sur lequel régnait un sombre et petit monarque au grand miroir. Nous avions décrit un clivage central (et parfois dangereux) entre les Rézidents (ceux qui étaient là avant) et les Zimigrés (les autres).

Après un certain nombre de digressions plus ou moins heureuses, nous en étions venus à expliquer au lecteur, que sa patience et son endurance s’en trouvent ici remerciées, la manière dont la religion majoritaire des Zimigrés se trouvait, à cette période de l’histoire, stigmatisée par les médias et la classe intellectuelle dominante.

Notez, et ce sans aucune intention détournée de notre part, que les noms « intellectuel » et « penseur » font ici référence à un statut social et médiatique et non à une capacité à raisonner et à comprendre les choses de ce monde. En ce domaine, et après avoir vu bon nombre de ces penseurs qui ne pensent pas faire preuve de persistance dans leur entêtement à dire l’impensable et à conceptualiser le vide, le lecteur nous pardonnera d’éviter de faire des spéculations alarmantes sur la condition cérébrale véridique desdits intellectifères non-pensants.

Nous disions donc que la religion dominante des Zimigrés était stigmatisée et qu’on leur donnait le choix, certes un peu simpliste, d’être des Modérés soumis ou des Zéstrémistes méchants. Par ailleurs, les femmes Zimigrées bénéficiaient d’un soin tout particulier et d’un programme spécifique tout à fait déléctable…

Il convient de préciser qu’il y avait dans le petit pays hexagonal un héritage historique très riche.

Quelques générations auparavant, les leaders du pays avaient organisé de vastes excursions en Asie et en Afrique avec au programme des randonnées, des travaux pratiques, des rencontres civilisatrices avec les populations indigènes et plein d’autres activités super chouettes et super cools. Ces camps n’étaient pas sans rappeler l’esprit joueur et espiègle des colonies de vacances que chérissent tant nos petites têtes blondes, sauf que ça durait plus longtemps.

Quoi qu’il en soit, au bout d’un moment, les indigènes ont perdu le sens de l’hospitalité et ont renvoyé sans ménagement les hexagonaux dans leur pays. Il en est resté deux choses : un tout petit brin d’animosité et aussi le refoulement (temporaire) d’un sentiment très fort chez nombre de Rézidents hexagonaux :  l’instinct civilisateur.

Il y avait un autre mouvement très fort, qui était lié aux femmes de manière générale et qui partait, semble-t-il, d’un bon sentiment : ça s’appelait le féminisme.

En gros, au bout d’un moment, à force d’être traitées comme des servantes et des objets sexuels, les femmes ont décidé de se rebeller. Elle se sont fachées très fort.

Et là c’est parti dans tous les sens.

Certaines voulaient tout faire comme les hommes : s’habiller comme les hommes, travailler tard comme les hommes, être surménées comme des hommes, avoir un blackberry comme les hommes, courir, stresser et faire des réunions super importantes comme des hommes, etc.

On les appelait les Executive Women. Elles avaient leur littérature de métro, leurs marques de vêtements et même des séries TVs où on voyait des Executives Women sans rides qui faisaient tout ce qu’une Executive Woman rêve de faire : travailler à fond, faire un peu de shopping à la pause et convoîter le nouveau responsable en communication de leur entreprise. Etre une Executive Woman, ça faisait mal à la tête des fois à cause du stress, alors on a même trouvé des cures anti-stress pour femmes actives… C’était ça aussi le progrès.

D’autres voulaient assumer leur « féminité » : ça voulait dire qu’elles acceptaient de plein gré d’êtres des icônes sexuelles et des objets de soumission aux hommes. C’était la course à celle qui serait la plus aguichante, la plus dénudée, la plus maquillée et la plus en accord avec l’idéal de beauté que les magazines spécialisés décrivaient dans le moindre détail.

On les appelait  les Femmes Libérées. Elles aussi avaient leur littérature de salon de coiffure, leurs marques de vêtements et même des séries TVs où on voyait des Femmes Libérées faire tout ce qu’une Femme Libérée rêve de faire :  buller à la maison, faire du shopping et convoîter le jardinier de la voisine. Etre une Femme libérée, ça faisait mal aux pieds des fois à cause des talons, mais bon…. il était admis qu’il fallait « souffrir pour être belle ».

Cà vous rappelle quelque chose ?

Entre ces deux caricatures, il y avait le reste des femmes qui cherchaient tant bien que mal à faire face à leurs responsabilités, à être des épouses et des mamans épanouïes, mais la suprématie des Executive Women et des Femmes Libérées était telle dans les médias que ça générait beaucoup de frustration, qu’on l’admette ou non.

Les femmes Zimigrées Musulmanes ne faisaient pas exception. Certaines d’entre elles se sentaient parfois aller vers l’une de ces catégories. Cà donnait des variantes assez exotiques : l’Executive Muslim Woman qui cherche à s’intégrer dans la vie professionnelle ou encore la Beurette du Ghetto qui rêvait de devenir star du R’n’B.

Mais avec un peu de recul, c’était un phénomène assez intéressant à étudier. En gros, les intellectuels de l’époque avaient croisé, de manière assez sournoise et perfide les deux thèmes fondateurs que nous avons développés plus haut : l’instinct civilisateur et le féminisme fâché.

Pour mieux comprendre, un peu de mathématiques :

Instinct civilisateur du colon hexagonal = « il faut civiliser les indigènes »

Instinct libérateur de la féministe fâchée = « il faut libérer les femmes »

Jusque là c’est assez clair.

Ensuite, l’amalgame entre les populations Zindigènes, les Zimigrés, les banlieues, les Musulmans, etc. fait qu’on peut désormais écrire l’équation suivante :

Indigènes de l’ancien temps = Zimigrés Musulmans et Zassimilés des temps modernes

Alors maintenant on mixe le tout et ça donne :

Instinct civilisateur + Féminisme fâché = « il faut libérer les femmes des Zimigrés Musulmans et Zassimilés ».

Et là c’est beau, limpide et d’une esthétique que même un Musulman refoulé de la planète Mars pourrait comprendre (voir ici pour le private joke).

Bon, donc maintenant on a compris qu’il s’agit de « libérer la femme musulmane ».

– Pourquoi ?

– Bah parce qu’elle est prisonnière…

– De qui ?

– De son père, de son frère, de son mari…

– Pourquoi ?

– Parce qu’ils sont méchants, voyons. Ils sont musulmans, il faut écouter avec les oreilles quand je te parle.

– Ahhhh ok. Cà y est j’ai compris. Donc oui, en fait, vous avez raison, il FAUT libérer la femme musulmane !

Et c’est ainsi que l’ensemble de la société hexagonale bienpensante s’est fixé, parmis ses objectifs, de « libérer la femme musulmane ».

D’abord ça a commencé par les chanteurs. L’un d’entre eux, Sardou,  avait écrit une chanson à leur intention. Ca s’appellait naturellement « Musulmanes ».

Extrait :

« Voilées pour ne pas être vues

Cernées d’un silence absolu

Vierges de pierre au corps de Diane

Les femmes ont pour leur lassitude

Des jardins clos de solitude

Le long sanglot des musulmanes »

Certaines rimes sont plus heureuses que d’autres. Celles-ci laissent rêveur : on y apprend que le voile que portent les Musulmanes est en fait une tenue de camoufflage. L’auteur, auquel je rends ici hommage, nous informe également qu’elles vivent dans le silence, qu’elles s’ennuient à mourir et se sentent seules (et aussi qu’elles ont un corps de Diane sous leurs vêtements, mais bon passons…c’était probablement pour la rime). Mais surtout, une musulmane ça pleure…

– Mais pourquoi elle pleure ?

– Bah parce qu’elle est prisonnière banane. Faut suivre un peu…

– Ahhhhh ok. J’avais pas compris sur le moment.

Donc la musulmane pleurait, pleurait, pleurait.

Jusqu’au jour où un autre chanteur vint s’encquérir de sa situation. Il s’appelait Balavoine et lui dit :

« L’aziza

Je te veux si tu veux de moi

Et quand tu marches le soir

Ne tremble pas […]

Que tu vives ici ou là-bas

Danse avec moi

Si tu crois que ta vie est là

Ce n’est pas un problème pour moi […]

Il n’y a pas de loi contre ça

L’aziza

Fille enfant du prophète roi »

Donc Balavoine veut l’aziza. Il la rassure car il ne veut pas qu’elle ait peur.

– Peur de quoi ?

– Non mais là, vraiment ya rien à faire avec toi, tu veux pas comprendre…

Ensuite, pour se débarraser de ses angoisses et des fantômes qui la hantent, comme une espèce d’exorcisme libératoire qui la ferait passer de la « petite brune enroulée d’un drap » (oui en fait je vous ai épargné le premier couplet) au statut de femme libre, l’aziza doit danser.

Enfin, l’aziza doit s’affranchir de l’influence de ceux qui diraient qu’il y a une loi contre ça (danser, courir et partir avec Balavoine par exemple).

– Mais quelle loi ?

– Ca suffit maintenant, tu sors !!!

C’est donc une vraie libération que l’on propose à l’aziza, elle la « fille enfant du prophète roi » (là j’avoue que je sèche sur l’exégèse de cette pathétique envolée lyrique – si quelqu’un a une idée…).

Bon, c’est vrai que ce n’est pas glorieux mais, d’après Wikipédia, ça a quand même fait premier du top 50 pendant huit semaines. Au moment où Balavoine écrivait ces lignes, je veux croire qu’il n’était pas consciemment en train d’alimenter les mythes orientalistes autour de la femme musulmane.

Quoi qu’il en soit, mal lui en a pris, il décédait moins de deux mois plus tard. La chanson obtenait deux semaines après sa sortie le prix SOS Racisme. Tout un symbole de la façon dont le petit pays hexagonal percevait le combat des injustices raciales…

Arrêtons ici ce triste intermède musical et passons à la page littérature.

Si on faisait un tour dans les supermarchés littéraires du pays hexagonal en cherchant des ouvrages sur les femmes musulmanes, on trouverait pêle mèle les titres suivants :

Musulmane mais libre

S’immoler à 20 ans

Burquette

Le voile de la peur

Insoumise

Bas les voiles

Défigurée

La république ou la burqua ?

Mariée de force

Dans l’enfer des tournantes

Visage volé

La Fatiha : Née en France, mariée de force en Algérie

Vendues

Brûlée vive

Burqua : La révolte d’Aïcha

Moi Noujoud, 10 ans, divorcée

Jamais sans ma fille

Je suis née au harem

Vivre libre

Le prix du silence

Etc.

Des titres comme ceux-ci, il y en a des dizaines d’autres. Ce qui choque en premier lieu, c’est le champ sémantique de la souffrance, de la servitude et de la violence.

Ensuite, si on se place dans la position d’un lecteur neutre, on se rend compte que la situation de la femme musulmane, telle qu’elle est reflétée, est de deux types :

1) la femme torturée-vendue-brûlée-violée-défigurée ET mariée de force

2) la femme émancipée qui s’épanouït par un rejet de l’Islam qui lui permet de devenir une femme libre et heureuse et d’adhérer à NPNS qui lui proposera de mettre son nom sur un livre-témoignage racontant son libératoire parcours.

(mouchoirs et serpillères siouplait)

Forcément vous voyez bien qu’il FAUT absolument libérer la femme musulmane.

– Tite question. Enfin j’sais pas trop si c’est une question. Parce que des musulmans j’en connais… et y en a aucun qui brûle sa femme. Et puis une burqa, moi j’en ai jamais vu. Et même que des fois j’ai été invité à des mariages musulmans et la dame a dit « oui » sans que son père ne la frappe. Et puis j’ai aussi vu des filles pleurer parce qu’elles devaient enlever leur foulard pour aller à l’école. Donc quand vous parlez de femmes musulmanes en détresse, à part Fadela Amara qui est en détresse de parler français, je vois pas trop…

– Sécurité ! Sécuritéééé ! Il y a un sympathisant des Zimigré Zislamogauchistes dans la salle, vite faites le sortir.

The end.

 

Instagram
This error message is only visible to WordPress admins

Error: API requests are being delayed for this account. New posts will not be retrieved.

There may be an issue with the Instagram access token that you are using. Your server might also be unable to connect to Instagram at this time.

Retrouvez Marwan sur les réseaux sociaux !